jeu. Déc 12th, 2019

Gabon 9 Provinces : une fierté au rabais chez les Woleu-ntemois !

Je suis fils d’Oyem. Né de père et de mère Oyemois. J’y ai passé une partie de mes études au rond-point Mimbang et à l’Ecole Provinciale.

Alors que nombreux rivalisent d’imagination pour démontrer on ne sait quelle fierté, à travers des montages, les uns plus grossiers que les autres, entre des avions imaginaires estampillés « Remontada G9 » et des invités de marque inexistants, je demeure attaché à une autre réalité et, donc, observateur de ce théâtre ridicule.

Je me rappelle qu’à pareille période de l’année, lorsque j’étais plus jeune, on était si fier de nous retrouver loin de Libreville… à Oyem pour célébrer la culture lors du 17 août. Parce que la capitale nous avait éloignés de l’arrière pays pour des raisons d’études ou professionnelles !

Les agences de transport faisaient le plein pour ramener les filles et fils de la province chez eux… pour y mettre un peu de chaleur.

Désormais, c’est le processus inverse. Attristant davantage nos terroirs déjà abandonnés tout au long de l’année.

J’ai plusieurs fois joué du tam-tam et dansé à la tribune d’Oyem en pareille période.

Je ne me retrouve donc pas dans ce nouvel exode culturel vers le boulevard Bessieux.

J’avais même pensé que le nouveau Stade d’Oyem, à cheval entre Bitam et Minvoul, servirait de meilleur cadre pour des activités culturelles, à défaut de sombrer sous de hautes herbes, car abandonné. Ce qui aurait pu créer une économie culturelle susceptible d’entretenir et de garder vivant cet investissement. Et, pourquoi pas, susciter un repeuplement véritable de l’arrière pays ?

Ailleurs, de prétendus artistes qui pourtant font la promotion de la culture francophone s’exhibent sur le podium du boulevard Bessieux… Chantant ou « rappant » en français. Ceux-là même qui se fichent de parler leur langue ! Comment peut-on rattacher la Culture à des divisions territoriales ?

Qu’est-ce que la culture du Woleu-Ntem ?

Lorsque les mêmes caractéristiques de l’identité se retrouvent aussi bien dans les provinces de l’Estuaire, du Moyen-ogooué que de l’Ogooué-Ivindo ?

Une sorte de chauvinisme ridicule dans un pays déjà souffrant du fait de sa faible démographie.

Certains prennent un malin plaisir à narguer insidieusement d’autres communautés sur le fondement d’une supériorité qui serait numérique ? C’est tout ?

Que vaut cette fierté quand, chaque vendredi, le pays tout entier tourne au ralenti parce que la petite économie est détenue par tout le monde sauf ceux qui n’ont de puissance que dans les ambiances et le folklore ?

Le Gabon vient de ratifier le texte fondateur de la Zone de Libre-échange Continentale Africaine. Prenons-nous la mesure d’un tel engagement ? Serons-nous acteurs ou simples consommateurs comme depuis 50 ans ?

Où est l’agriculteur du Woleu-Ntem ? Le commerçant du Woleu-Ntem ? L’industriel du Woleu-Ntem face à ces nouveaux défis ?

Une province aussi stratégique, située aux trois frontières, sera l’une des portes d’entrée et de sortie dudit projet.

Quel rôle joueront les Woleu-Ntemois ? Si leur objectif nouveau est de venir s’exhiber au boulevard Bessieux ? Pendant que d’autres nouveaux propriétaires occupent leurs terres ?

Ceci me rappelle toutes les distractions qui ont tué la filière café-cacao et le commerce: deux activités qui ont pourtant envoyé de nombreux Woleu-Ntemois à l’école. Mais ces préoccupations appartiennent au passé, vu ce pour quoi nous professons notre fameux « Obangame » !

Je suis plutôt favorable à un débat public et politique véritable, qui conduise à l’adoption d’une loi d’orientation en matière culturelle, comme c’est le cas en matière d’éducation. En lieu et place de ce pilotage à vue.

Et que la Culture soit directement liée au volet économique.

Parce que la musique est culturelle: la musique doit avoir une économie.

L’ Elone, par exemple, demeure vulgaire, sans réelle organisation. Sans projet professionnel pour les artistes clochardisés à l’occasion.

Parce que manger est culturel. Malheureusement, c’est aux spaghettis-viandes des « Dos tournés », et autres « Nikes » que le Nfang se nourrit au quotidien. C’est cela la Remontada ?

Parce que s’habiller est culturel.

Parce que l’École doit d’abord faire la promotion d’un imaginaire collectif. Celui du Gabon est lequel ?

Je suis favorable à l’adoption d’une langue désormais continentale. Étudiée et imposée dans le système éducatif gabonais et africain. Pour les mêmes raisons économiques et géostratégiques.

Je suis pour tout ce qui nous met en concurrence avec d’autres pays et d’autres continents.

Narguer un Téké ou un Punu à coups de Remontada au Boulevard Bessieux est trop réducteur comme objectif.

Au corps de garde à Oyem… un oncle maternel me parlait de nos ancêtres qui avaient toujours eu pour objectif de concurrencer les « Mintangane »… c’est-à-dire (à l’époque) les colons. Aussi bien dans la maîtrise de la technologie que dans l’art de la guerre qui font les grands Peuples, et les Nations respectées.

Sommes-nous restés fidèles à cette pensée ?

A chacun d’y répondre.

Dans la paix du Fils de l’Autre.

Meboon Môôn Meba Ondo

Laisser un commentaire