Du StreetFighter aux rappeurs 2.0 : A quoi servent les clashes au Gabon ?

Ces derniers jours, un nouveau clash est lancé sur les réseaux sociaux entre CAM et JOHNNY B GOOD. Le verdict est vite donné lorsque nous faisons le tour des GaboNET (les gabonais sur le Net). CAM semble trouver la sympathie d’une majorité des mélomanes qui participent aux sondages lancés ici et là. Passé ce constat, on peut objectivement se poser une question : à quoi servent ces clashes dans le milieu du rap au Gabon ?

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Clash entre CAM et JOHNNNY B GOOD | Crédit Image : https://fr.wazemusic.com

Premier constat : le débat politique transparaît dans le choix des uns et des autres à déterminer le meilleur. Rappelons que c’est CAM qui lance les hostilités avec le titre Homme Au P’tit Torse ( HAPT) contre Johnny B Good. Ce dernier n’a pas tardé à répondre via le Diss Track intitulé : Enterrement d’un Wack ! 

Entre temps, CAM s’est beaucoup engagé lors de la dernière présidentielle de 2016. Ses pages sur les réseaux sociaux ne s’en cachent pas. Il lance pics et punchlines quasiment tous les jours contre l’actuel Président Ali Bongo Ondimba et ses défenseurs.

Ce clash contre Johnny B Good peut également avoir d’autres précédents lorsqu’on se rappelle les nombreux échanges virulents sur Facebook entre CAM et JO DA CRAZY BOY : proche de Johnny B Good et ancien sociétaire de la Radio Top FM 105.5 . Référence urbaine, à l’époque, pour la promotion du Hip-Hop dans Libreville, bien avant l’entrée en scène d’URBAN FM et Dafreshman.

Il est à parier qu’une bonne partie des personnes s’étant déclarées en faveur de CAM se fonde sur son militantisme. De ce constat, il devient difficile pour les autres rappeurs et ce, quel soit leur talent, de gagner la sympathie de l’opinion lorsqu’ils sont déjà catégorisés proches des cercles du pouvoir.


Inutile de souligner ici que JO DA CRAZY flirte avec lesdits cercles depuis 2009 au moins. En tant que conseiller à la Présidence notamment. Et il l’assume pleinement. Pour marquer son soutien à son frangin Johnny B Good, il a publié sur sa page Facebook une vidéo depuis son bolide (Sa GOVA). Histoire de narguer qui de droit… enfin, on imagine !

JO DA GOVA

Nous sommes loin des avis objectifs sur le plan artistique. On se rappelle le crédit sympathie à l’endroit du groupe Hay’oe, et de TINA quand elle disait que ” Le Chef est con” dans un titre célèbre. Il a suffi que ces artistes s’affichent avec les cercles du pouvoir pour que leur talent d’antan soit remis en cause… OTDB : les émotions politiques d’abord ! Amuse-toi.

POUR ESSAYER DE RÉPONDRE A NOTRE QUESTION…

Nous étions très jeunes à l’époque des clashes entre Raboon et Movaizhaleine. Une époque où les scènes de Rap et de Hip-Hop étaient nombreuses. On pouvait donc comprendre que ces rappeurs, indirectement, mobilisaient les mélomanes autour des clashes pour faire vivre le milieu Hip-hop et leur porte-feuilles ! D’une pierre, deux coups !

Mieux, les rappeurs Kôba et Shad’M avaient quasiment réussi le tour commercial et professionnel autour de leur clash. Au-delà des échanges verbaux en studio, ils mirent en vente : tee-shirts, disques et gadgets. Et organisèrent de nombreuses scènes.

On allait, à cette époque, remplir la Foire ou Gabon Expo situé en face du bâtiment abritant les locaux du Ministère des Affaires Etrangères. Moyennant un ticket payant. Tout bénef pour l’artiste et le Rap. Ce qui participait également à créer des loisirs dans une société gabonaise en proie aujourd’hui à l’oisiveté des jeunes autour d’une délinquence chronique. Don’zer ne démentira pas avec son titre à controverse et à cheval entre apologie du crime des “goudronniers” et sensibilisation contre. C’est selon.

Ailleurs, Jo Da Crazy Boy avait réussi le pari des clashes en mode “fairplay” à l’esplanade du Collège Ntchoréré. Le label de cet événement était connu : Le Street Fighter. C’est à cette occasion qu’on avait le plaisir de voir des talents insoupçonnés de nos quartiers. Le plus marquant fut certainement la révélation de FOX LE SD avec son titre : “Mon Album Photo”.

Malheureusement, le professionnalisme a toujours manqué à nos artistes. Au-delà des clashes sur la petite scène de Libreville, de nombreux observateurs se questionnent sur la difficulté pour nos artistes à émerger sur la scène internationale, à l’instar de la nouvelle génération d’artistes Hip-hop du Cameroun voisin.

Même dans leur style militant et engagé, certains rappeurs sénégalais ont marqué le coup. AWADI: pour ne pas le citer.

Qu’est-ce qui coince au Gabon ?

Les clashes rapportent combien ? Sont-il suivis par une vente bénéfique des “Diss  tracks” sur des plateformes en ligne ?

A quand un concert entier et d’envergure organisé par CAM ou Johnny B Good ? Les nombreux “Likes” collectés sur internet sont-ils sincères ? Comment leurs fans transforment-ils concrètement leur soutiens virtuels ?

Peut-être que nous sommes trop curieux. Parce que, pour cacher l’échec commercial et industriel du Rap ou du Hip-Hop au Gabon, certains artistes diront qu’ils n’attendent rien du Rap en termes d’argent ! Parce qu’ils sont ailleurs Enseignant, Fonctionnaire ou Homme d’affaires… Pourtant, ce n’est pas sous ces étiquettes et casquettes qu’on les reconnait sur la place publique. Une fuite en avant face au débat posé. Surtout, lorsqu’on retrouve les mêmes artistes sur des tracks entiers à réclamer des droits d’auteur…

On a même envie de pousser plus loin notre interrogation : à quoi sert finalement le Rap au Gabon ?

Si tu as la réponse… Ecris-nous seulement, on va publier ici. Inutile d’insulter ou de faire dans le petit Kongossa.

Par 241 DDR | La Rédaction.

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