lun. Juil 15th, 2019

#InEdito | Quand Raymond Ndong Sima pointait la Lune kényane en 2016… Où en est “leur plan B” ?

Comparaison n’est pas raison, dit-on. Mais, autant recadrer un certain nombre de faits quand l’actualité kényane portant sur l’annulation du dernier scrutin présidentiel par la Cour Suprême fait sensation. Certains gabonais allant jusqu’à attribuer à la coalition organisée autour de Jean Ping une volonté politique qui nous prédestinait à la même situation qu’au Kenya. Ce qui est tout sauf conforme aux faits. Analysons.

PRÉSIDENTIELLE 2016 : TOUT SAUF LE DÉBAT PUBLIC ET CONTRADICTOIRE

L’Afrique anglophone n’a de cesse d’infliger des leçons politiques à sa voisine mais mitoyenne et francophone. La coutume devenue dans nombre de ces pays organise des débats télévisés opposant tous les prétendants au fauteuil présidentiel. Ce qui semble contre-nature au Gabon. Aussi bien dans la forme obligatoire de loi qui régit le débat public en période électorale qu’au sein même d’une opposition qui promet sur papier des vertus de démocratie et d’affection pour le débat contradictoire. Ce que les faits contredisent.

La présidentielle de 2016 au Gabon se déroulait encore sous les dispositions de l’ancien code de la communication : la loi No 7/2001.

Au titre Titre 2 consacré à l’expression de la démocratie et liberté de la presse, cette loi donnait – parce qu’une nouvelle a été promulguée en août 2016 et en vigueur depuis le 2 janvier 2017–  obligation à l’Etat via le Conseil National de la Communication, conformément aux dispositions de l’article 34 de la loi organique n°14/91 du 24 mars 1992, de répartir le temps d’antenne de manière égale entre les différents partis politiques ou les candidats selon les modalités qu’il fixe en temps utile (Article 52).

L’observation in situ de la consigne qui précède verra un débat politique gabonais ennuyant et interdit de confrontation. Des candidats qui n’ont que rarement des équipes de journalistes issus des médias publics pour le relais de leurs activités – surtout quand il ne s’agit pas du Président sortant du Parti Démocratique Gabonais – sont clairement discriminés.

J’ai moi-même été le conseiller en communication du candidat Raymond Ndong Sima. Convoqué par le Conseil National de la Communication (CNC), je puis noter l’inconfort du responsable qui me recevait ; quand je lui demandais pourquoi la formule proposée n’était pas un débat contradictoire et en direct entre différents candidats ? Comme ce fut déjà le cas lors de la Présidentielle au Kenya en 2013 ( Lire – Jeune Afrique :Kenya: premier débat télévisé entre candidats à la présidentielle).

11 février 2013: Par AFP

Les huit candidats à l’élection présidentielle kényane, dont le premier tour est prévu le 4 mars, ont débattu lundi soir en direct à la télévision pour la première fois de l’histoire du pays, encore traumatisé par les tueries sur lesquelles avait débouché le précédent scrutin, fin 2007.

Chaque candidat avait deux minutes pour répondre aux questions.

Pendant ce temps au Gabon, ce sont des “One Man Show” qui nous étaient imposés par le CNC. Un exercice devenu ridicule par les temps qui courent. Au Ghana, pays voisin pas si éloigné, la coutume contradictoire et de confrontation publique est également installée. La masse critique qui a émergé au sein des populations de ces pays l’exige fortement. Afin de voir se challenger les personnalités et les projets. Signe de respect envers l’opinion publique qui doit faire un choix entre propositions et projets pour l’avenir.

Un pays brisera même en 2016 cette opinion qui exclut le monde francophone africain de notre argumentaire: le BÉNIN ( Lire – RFI : Présidentielle au Bénin: débat télévisé historique entre les deux finalistes ). Les transitions apaisées ne sont peut-être pas étrangères à ce dépassement de soi. A ces retrouvailles et confrontations entre adversaires.

Loin du populisme vantant des comptes en banque et des carnets d’adresses dont les effets sont toujours attendus au Gabon dans le camp de la coalition Jean Ping… Une manière habile d’infantiliser les populations. Nourries au syndrome de l’Homme providentiel à la baguette magique. Proférant des slogans de super-héros : “Votez seulement, je m’occupe du reste!”

Ailleurs, le bon sens voudrait que l’on respecte les règles du jeu dès lors qu’on accepte le principe de l’élection. Quitte à en démontrer les biais dans le cadre légal. Autrement, on ne participe à aucune élection et l’on recherche directement la confrontation par l’insurrection populaire, par le coup d’état et, au pire, par la guerre (?) comme certains le fantasmeraient ?

C’est suivant cette logique que les institutions gabonaises sont dangereusement confondues à la personne d’Ali Bongo Ondimba. Un message subliminal qui dessert l’opposition et la met en contradiction permanente.

Comment peut-on en effet participer à des scrutins avec des institutions que l’on voue aux gémonies ? Peut-on encore différencier la mauvaise foi prétendue de ces compatriotes dépositaires de l’autorité de l’Etat des institutions stricto sensu ? Au point où le candidat Jean Ping refusait d’honorer son passage devant les médias publics. Pourtant, il ne boudera pas de passer devant la Cour Constitutionnelle avant et après l’élection présidentielle pour ses recours. Des incohérences à perdre toute lucidité.

Si ce comportement de fuite en avant a été récemment remarqué au Kenya – Lire RFI : Présidentielle au Kenya: débat télévisé en solitaire pour l’opposant Odinga -, on note pour s’en féliciter que ce fut plutôt du côté du Président sortant que le débat contradictoire télévisé était décliné. Le principal challenger de l’opposition est resté légaliste et républicain “jusqu’au bout!” Tout le contraire d’un Jean Ping plus proche de la logique populiste !

Le leader de l’opposition Raila Odinga, candidat de la coalition d’opposition NASA, lors du débat télévisé boudé par le président sortant Uhuru Kenyatta, candidat à sa réélection, à Nairobi, le 24 juillet 2017.
© REUTERS/Thomas Mukoya

Mieux, il n’a pas fait miroiter de plan B imaginaire ou de carnet d’adresses pour se mettre l’opinion publique dans la poche. En organisant la contestation dans la rue comme l’affirment de nombreux témoignages et accusations contre le camp Ping ( lire – #241DDR – Le procureur face aux accusations de violences planifiées par la coalition Jean Ping ? Bruno Ben Moubamba, Ndong Sima… Pacceli Bikoro).

Lire – Le Monde : Elections au Kenya : Raila Odinga décide « d’en appeler à la Cour suprême » : De nombreuses voix s’étaient élevées pour demander au chef de l’opposition de contester la victoire d’Uhuru Kenyatta en justice – et non dans la rue.

Les kényans ont tenu à faire pression sur leurs institutions “jusqu’au bout” ! Et les félicitations venant de la communauté internationale n’ont pas sapé le moral des troupes. La voix de la Cour Suprême est restée… Suprême !

Dans le cas du Gabon, on devrait en priorité reposer nos espoirs sur la Communauté internationale ? Ce fut le principal argument de campagne de Jean Ping. Par comparaison, les kényans auraient donc dû se taire après les félicitations d’Emmanuel Macron entre autres ? Et lorsque le même Président français, interpellé par une correspondance de Jean Ping au soir de son élection en France en mai 2017, choisit plutôt Ali Bongo comme interlocuteur et homologue au Gabon ( lire #DroitDeRéponse | Emmanuel Macron répond « enfin » à la lettre de Jean Ping ! ), que doit-on conclure puisque le mépris pour une solution aux problèmes politiques gabonais entre gabonais est consommé ?

Heureusement que les kényans ne sont pas gabonais ?

RAYMOND NDONG SIMA : L’INCOMPRIS ?

Alors que l’élection présidentielle de 2016 animait toutes les émotions, focalisant le débat sur les documents d’état civil du Président Ali Bongo Ondimba, Raymond Ndong Sima choisit une autre démarche. Celle visant un report ou une annulation pure et simple du scrutin avant le jour du vote ( vu les incohérences sur le matériau électoral, les listes électorales et les déséquilibres démographiques)  et dès les premières contestations violentes dans la rue au cours d’une conférence de presse tenue le 2 septembre 2016.

Les médias publics et privés  ne s’encombraient pas de relayer équitablement l’information et les opinions entre les principaux acteurs, s’adonnant apparemment au plus offrant et au meilleur chéquier ouvert devant leurs rédactions, comme le veut la bonne tradition gabonaise. J’ai été en charge de la communication durant le scrutin : je suis venu, j’ai vu et j’ai tout entendu à ce sujet !

L’ancien Premier Ministre Candidat attirait l’attention sur des irrégularités plus pragmatiques. Un report qui n’aurait pourtant pas été à son (seul?) avantage.

Il le rappelait ce 2 Septembre 2017 sur sa page Officielle en disant :

“A ceux qui ont la mémoire sélective:

Pour se donner bonne conscience, beaucoup de personnes se focalisent sur ma présence à une cérémonie d’investiture organisée par une Cour Constitutionnelle que ceux qu’ils adulent avaient eux mêmes reconnu à plusieurs reprises. Ils l’avaient en effet saisi une première fois et s’y sont couverts de ridicule. Ils l’ont saisi une seconde fois en faisant fuiter l’idée qu’ils y avaient une majorité de juges acquis à leur cause. La suite, on la connait. Pour s’absoudre de leurs erreurs, leurs partisans ont choisi de diaboliser une démarche républicaine. Ils se gardent de faire le même reproche aux chefs d’Etat, délégués et ambassadeurs accrédités au Gabon y compris celui de l’Union Européenne qui ont assisté à la même cérémonie.

Camus a dit que la bêtise insistait toujours. On devrait ajouter que la malhonnêteté insiste également.

Peut être que certains pourraient se souvenir de cette alerte que j’ai lancée début août 2016 et qui a été soigneusement ignorée par tous et en premier lieu ceux qui étaient sur de leur machine. Voici cette alerte.

“Il est encore temps (texte du 7 août 2016)

J’ai introduit auprès de la Cour Constitutionnelle une requête en annulation des décisions de la CENAP relativement à la composition de son assemblée plénière. Il y avait, sous-entendu dans ma requête, des questions préalables en rapport notamment avec les listes électorales révisées et la délivrance des cartes nationales d’identité aux électeurs etc.

Perspicace, Mays Mouissi vient de jeter un pavé dans la mare en démontrant que les listes électorales ne sont pas fiables. La comparaison à laquelle il procède montre des écarts surprenants entre la population de certaines localités et les électeurs qui y sont enregistrés. De telles incohérences statistiques tiennent d’une volonté manifeste de fraudes à grande échelle. Comment comprendre que des villages se retrouvent avec un nombre d’électeurs égal ou supérieur à l’ensemble de la population. En somme, ces villages ne contiennent aucun enfant contrairement à la pyramide des âges donnée par le recensement de la population.

A l’évidence, la CENAP n’était pas prête lorsqu’elle a déclenché le processus électoral. Obnubilée par la controverse sur l’état civil de l’un des candidats elle a évincé les candidats indépendants et ne s’est pas donnée la peine de vérifier des listes de toute façon de la responsabilité du ministère de l’intérieur. Mais voila, le résultat est là, insipide, tout juste bon à engendrer polémiques et contestations.

A une assemblée plénière finalement illégitime et illégale, s’ajoute désormais un matériau électoral corrompu qui donne un coup fatal à la crédibilité et à la sincérité du scrutin en préparation.

Il est encore temps de reprendre l’ensemble du processus. Comme disait mon professeur de latin: Errare humanum est; perseverare diabolicum est entendez : l’erreur est humaine; persévérer est diabolique.”

Fin de citation.

 

D’ailleurs, les mêmes médias publics s’étaient bien gardés de diffuser l’audience tenue avec l’équipe de Raymond Ndong Sima devant la Cour Constitutionnelle. Préférant et triant sur le volet, tout en tentant de les ridiculiser, Jean Ping et autres personnalités sur le peu d’éléments factuels accusés par leurs dossiers selon la Cour,  concernant l’état civil du Président sortant. Malgré les promesses faites par Chantal Myboto sur des révélations décisives toujours attendues. Tout comme René Ndemezo’o, actuel Président du Conseil Economique et Social, qui portait une saisine sur les Patronymes des gabonais sélectionnés par la CENAP ( Lire la Vidéo : René Ndemezo’o Obiang, président de Démocratie Nouvelle ridiculisé devant la Cour Constitutionelle, présentera ses excuses aux citoyens gabonais).

Autre rappel, le 13 août 2016, Raymond Ndong Sima recevait la réponse du Président de la CENAP ( voir Lettre jointe) et affirmait sur sa page officielle :

“Une requête fondée

Par lettre n° 003437 /Cenap/cab-P/P le Président de la Commission Électorale Nationale Autonome et Permanente m’a saisi hier vendredi 12 août 2016 pour me rappeler notamment qu’en vertu des dispositions de l’article 12 bis de la loi n° 7/96 du 12 mars 1996 portant dispositions communes à toutes les élections politiques, modifiée, chaque candidat indépendant à l’élection présidentielle désigne un représentant à l’Assemblée Plénière de la Commission Électorale Nationale Autonome et Permanente (CENAP).

Aboghe

Ce rappel confirme le bien fondé de ma requête en annulation de ses décisions devant la Cour Constitutionnelle. Il n’en tire pas cependant les conséquences logique à savoir que faute d’avoir convoqué les représentants des candidats indépendants dont il reconnaît que la présence est fondée à l’assemblée plénière initiale, celle-ci a été irrégulièrement constituée ce qui entraîne la caducité des décisions qui y ont été prises. Cette correspondance est porteuse de plusieurs enseignements.

En premier lieu, elle établit clairement que ma requête était pertinente, juridiquement fondée et solidement argumentée. Je comprends que la Cour n’a pas voulu me donner publiquement raison ce qui aurait fortement rehaussé mon crédit politique.
En second lieu elle montre que les deux institutions CENAP et Cour constitutionnelle ont agi en comptant sur la logique du fait accompli : la première en ignorant dans un premier temps une disposition forte (article 12 bis) de la loi avant de se la rappeler curieusement ; la seconde en s’autorisant à dénaturer l’objet de la requête que j’ai soumise à son examen en répondant à une question que je ne lui avais pas posée.

Ce faisant la Cour a dérogé aux principes directeurs du procès qui obligent tout juge à appliquer au litige soumis à son examen la règle juridique appropriée susceptible de fournir une réponse aux exactes prétentions du requérant au lieu de substituer sa propre appréciation de l’objet du litige.

Le président de la CENAP aurait été grandi en reconnaissant rapidement sa mauvaise lecture de la loi modifiée et en organisant, dès le dépôt de ma saisine, la reprise du processus. Il en aurait certes résulté un report de l’élection mais la légalité et la sincérité du processus électoral y auraient gagné en crédibilité. Il aurait aussi par la même occasion substantiellement diminué par anticipation les contestations post-électorales.”

Fin de citation.

Pour finalement suggérer le 2 septembre 2016, vu les fortes contestations qui avaient investi la rue, la possibilité d’annuler le scrutin pour sa reprise ( Lire – Oeil d’Afrique : Gabon: Raymond Ndong Sima appelle à l’annulation de la présidentielle du 27 août ). Dans un esprit républicain…

Hélas ! Les gabonais ne sont pas des Kényans !

Mais, à quoi servent les erreurs ? Si ce n’est mieux s’armer pour le futur en connaissance de cause ? C’est ce que rappelait dans un commentaire Martin Edzodzomo Ella sur la tribune qui annonçait le présent InEdito ( Lire – #INEDITO de lundi prochain ou quand Raymond Ndong Sima indiquait la voie actuelle du #Kenya ? ) :

Martin Edzodzomo-Ela : Aujourd’hui, au lieu de nous laisser abattre par le découragement, nous devons nous affermir. Surtout, nous devons nous demander à quel carrefour nous nous sommes trompés. La sagesse consiste à agir à temps, à devancer les contraintes, sans se laisser acculer.

Si nous ne réagissons pas à temps, nous irons tout droit devant de plus grandes impasses. A l’analyse approfondie des fautes que perpétuent les dirigeants par les actes qu’ils posent, nous avons souvent tendance à substituer de simples affirmations. Nous appuyons sur des sophismes des analyses superficielles des circonstances du moment. Le courage exige parfois de reconnaître qu’on s’est trompé.

Il n’y a que les animaux qui ne se trompent pas. Cependant, il ne suffit pas de dire, je me suis trompé. Il faut dire comment on s’est trompé et c’est là précisément ce qui est important. Car alors, on pourra opérer en connaissance de cause les corrections indispensables au niveau individuel comme au niveau collectif, pour que les changements souhaités se produisent.

La situation que connait notre pays, impose à chacun de nous une action concrète et positive. L’Histoire ne nous pardonnera pas de s’être contentés d’incessantes récriminations sur notre sort. Nous devons faire quelque chose, absolument quelque chose pour sortir notre pays de la situation actuelle. Ne pas agir c’est cautionner.
« Chaque peuple a son génie. »

Et, à Raymond Ndong Sima de répondre à sa suite :

Raymond Ndong Sima: Oui le début de la correction d’une erreur passe par la reconnaissance de cette erreur au lieu de la recherche de boucs émissaires.”

A Lundi prochain.

Meboon Môôn Meba Ondo

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