dim. Oct 20th, 2019

#DroitDeRéponse|Le Gabon n’est pas parmi les pays les plus dangereux au Monde: le sondage Gallup contredit par le rapport 2017 du F.E.M

Le Gabon est classé 89ème pays « le plus sûr » au Monde sur les 136 que compte l’étude, selon le Rapport 2017 du Forum Economique Mondial. Cette notation indique que le pays est au-dessus de la moyenne requise pour ne pas être parmi les pays les plus dangereux. Avec 3.9 points sur une échelle de 7. Le Venezuela étant le plus dangereux au bas du tableau avec 1.9 point. Analysons.

L’intitulé du sondage mené par Gallup [ 2017 Global Law and Order Report] porte sur le « Law and Order Index », une mesure mondiale qui révèle la sécurité – ou insécurité – que les gens ressentent dans leur quartier et combien ils sont confiants dans leur police locale. Ce serait à ce titre que le Gabon est classé 7ème pays le plus dangereux au Monde. Derrière le Venezuela (1er ), le Liberia (2e ), le Salvador (3è), le Soudan du Sud (4è), l’Afrique du Sud (5è) et la Bolivie (6è).

A l’opposé, le rapport global 2016-2017 de 400 pages sur la Compétitivité du Forum Economique Mondial, réputé pour être l’enquête la plus longue et la plus approfondie de ce type, consultable en ligne, exclut le Gabon d’un tel classement. En tout cas, ce dernier n’apparaît pas au bas du tableau des Etats en dessous de la moyenne mondiale (3.5/7). Ni dans le top 10 comme le veut le sondage Gallup, ni dans le top 40.

Pourtant, les deux rapports présentent des tendances similaires. Celui du Forum Economique Mondial (comme Gallup) pointe également le Venezuela comme le plus dangereux avec 1.9 point sur 7. Le Salvador (2.3), la Bolivie (2.5) et l’Afrique du Sud avec 3.3 points.

Ce classement procède de la même logique, à savoir : la fiabilité des services de police. La question principale du sondage étant: « Dans quelle mesure les services de police peuvent-ils être invoqués pour faire respecter l’ordre public? [1 = pas du tout; 7 = dans une large mesure]. Le classement exhaustif est consultable en ligne sous l’onglet du rapport tout aussi intitulé « Law and Order ».

DES COMMENTAIRES INOPPORTUNS ?

Parmi les médias qui ont relayé cette information sur un Gabon qui serait parmi les pays les plus dangereux, les sites Gabonreview.com, Info241.com et Ouest-France.fr . Des commentaires contradictoires voire approximatifs.

S’il est indéniable de reconnaître une sorte de crispation du climat politique au lendemain de l’élection présidentielle 2016 violemment contestée dans la rue, l’on peut aisément s’étonner de certaines affirmations égrainées ici et là.

D’abord, les sites nationaux tendent à faire le lien entre ce sondage et le climat politique post-électoral. Pourquoi ?

Le Site Info241 [Le Gabon classé parmi les 5 pays les plus dangereux au monde !] qui fonce le trait en ramenant même le Gabon à la cinquième position affirmera :

« La faute donc à la crise post-électorale qui perdure toujours malgré la volonté du gouvernement gabonais de l’éluder ou encore de la nier. »

Avant de se contredire un paragraphe plus loin :

« L’enquête de Gallup s’est déroulée du 14 juin au 1er juillet 2016 bien avant donc l’élection présidentielle controversée du 27 août. A ces dates déjà, les gabonais ne s’y sentaient pas du tout en sécurité. »

Tout comme Gabonreview [ Sécurité : Le Gabon, aussi dangereux que la Bolivie] qui annonçait d’entrée :

« Climat sociopolitique tendu oblige ! Au Gabon, depuis ces derniers mois, le sentiment de sécurité est faible. Le pays qui a connu des violences en fin août 2016, à la suite de la réélection d’Ali Bongo est désormais classé au même niveau que d’autres sur le continent (Afrique du Sud et Libéria) et en Amérique latine (Bolivie). »

Si l’enquête a eu lieu avant le déroulement de l’élection 2016, et avant ses événements suivants, comme l’affirme Info241, pourquoi toutes ces analyses font-elles le rapprochement avec une période n’influençant pas « les sentiments personnels » des personnes interrogées ?

Parce que l’enquête de Gallup  « se base sur le sentiment personnel de sécurité des habitants, le développement économique et social mais surtout sur l’incidence des agressions et des vols durant l’année. « 

Un travail de collecte subjectif et effectué en deux semaines seulement, quand le rapport du Forum Economique Mondial se fonde sur des enquêtes plus longues au contact des  autorités et institutions habilitées notamment.

Le site Ouest-france.fr [ Voici les dix pays les plus dangereux du Monde], quant à lui, faisait dans des déclarations aussi vagues que son manque de faits précis :

« Au Gabon aussi, un climat difficile s’est installé. La société Gallup l’a classé au même niveau que la Bolivie et l’Afrique du Sud (58). Entre violence politique et humiliation, les Gabonais se réunissent par bandes pour s’attaquer, voir s’entretuer. De nombreuses vidéos circulent sur les réseaux sociaux, dévoilant la crise sociopolitique du territoire. Les autorités françaises recommandent même au tourisme de se protéger contre l’escroquerie bancaire. »

Nous sommes impatients d’avoir des précisions sur « les bandes de gabonais » qui se réunissent pour s’entretuer. Des liens sur les vidéos ou les articles et sources fiables relatant cette présumée réalité.

Par ailleurs, sur l’escroquerie bancaire, le site Ouest-France pourrait être plus pertinent. C’est le cas lorsqu’il titre concernant la France – entre autres exemples – que 840 000 ménages étaient victimes d’un débit frauduleux en 2015.

La France, souvent citée au premier rang des pays infectés par l’escroquerie bancaire [LePoint.fr – La France : Numéro 1 de la fraude à la carte bancaire en Europe], voit-elle ses indices sur le tourisme pour autant impactés ? Pourquoi ce prétexte ne suffit-il pas pour apparaître également comme le pays le plus dangereux ?

La France, selon le journal Les Echos, troisième au rang des pays les plus frappés par le terrorisme (216 morts), dans les salles de concert, sur les voies publiques ou les plages, doit-elle être considérée comme pays le plus dangereux ?

UNE MINUTE DE SILENCE POUR LES SONDAGES…

Selon une analyse portant sur les erreurs des sondages, ceux-ci  n’indiquent que l’opinion du jour du sondage. Aussi : 

« Pour avoir méconnu cette règle, l’institut Gallup subit un cuisant échec lors de l’élection présidentielle américaine de 1948, en donnant le candidat républicain, Thomas E. Dewey, largement vainqueur contre le président sortant, Harry S. Truman. L’institut Gallup cessa ses sondages trois semaines avant le scrutin, tant l’élection de Dewey paraissait assurée. »

Une autre analyse de Catherine Mathys sur Radio Canada, et suivant l’élection de Donald Trump, affirmera récemment :

« La campagne présidentielle américaine a eu son lot de sondages erronés. Bien avant le vote de mardi dernier, les exemples où les sondages ont mal prédit l’issue d’un scrutin sont nombreux.

L’industrie du sondage fait face à une crise grandissante. Tellement que des pionniers comme Gallup n’osent même plus se mouiller. La firme a choisi de ne pas faire de sondages dans la course à la présidence. »

Sur Radio France Internationale, un article tente d’apporter des explications sur  les raisons qui font que les sondages n’ont pas prévu la victoire de Trump [RFI -Election américaine: pourquoi les sondages n’ont pas prévu la victoire de Trump?].

C’est dire que rien ne doit être pris pour vérité éternelle en matière de sondages, même si l’institution est des plus réputées comme l’est Gallup.

 

POUR NE PAS CONCLURE

Le rapport global 2016-2017 sur la Compétitivité est, « depuis près de 40 ans, utilisé par les décideurs, les dirigeants d’entreprises, et les universitaires. L’enquête est la plus longue et la plus approfondie de ce type.  Une source de données unique, et utilisée depuis longtemps par nombre d’organisations non gouvernementales, les groupes de réflexion et universitaires pour le travail empirique et politique.

Par exemple, Transparency International utilise des données sélectionnées comme indicateurs de ses enquêtes sur la corruption. Tout comme des institutions telles que l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), la Banque Mondiale, la Fondation Mo Ibrahim. Le Fonds Monétaire International (FMI) fait également référence à l’enquête du Forum dans ses publications. »

Meboon Môôn Meba Ondo

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