dim. Oct 20th, 2019

#InEdito – Le mardi de la Remontada : fin du concept « Président… élu », prestation de serment et prise de la Présidence ?

Ce mardi 25 juillet 2017, Jean Eyéghé Ndong l’a promis samedi dernier au micro planté pour la circonstance dans les installations de l’ancien Quartier Général de campagne de Jean Ping : ce dernier revient enfin au pays en tant que Président. Tout court. Onze (11) mois après pour rattraper son retard et rendre effective sa supposée victoire politique. Une sorte de remontada au programme. Serait-ce la fin du concept sans contenu de « Président élu » au Gabon ? Prestation de serment  ? Et prise de la Présidence ?

REMONTADA 

Dans le milieu du sport, et du foot en particulier, une remontada signifie « une remontée » au score selon mondictionnaire.com:

Le cas de FC Barcelone – PSG en 2017, une remontada spectaculaire

  • FC Barcelone-PSG , la remontada

    FC Barcelone
    Crédit : Christopher Johnson

  • Mais cette remontée peut-être particulièrement difficile. Lorsque celle-ci est atteinte, c’est un événement heureux pour les vainqueurs. Mais aussi dramatique pour les perdants qui avaient tant d’avance. C’est alors ce qui fait la magie du sport.
  • La remontada la plus spectaculaire et la plus récente concerne la rencontre de football opposant le FC Barcelone au PSG. Cette rencontre comptant pour les huitièmes de finale de la ligue des champions se jouait en match aller-retour. Le vainqueur étant celui qui marquait le plus de buts lors des 2 matchs. Lors du match aller, les joueurs du PSG ne firent qu’une bouchée du Barça. Le PSG gagna 4-0. […] Si le score final venait à être de 5-5 sur les deux rencontres, le PSG gagnerait grâce à un but marqué à l’extérieur. C’est alors que l’impensable de produisit. Le Barça réussit à marquer 3 buts dans les dernières minutes. Le score final fut de 6-1. Soit 6-5 sur l’ensemble des deux rencontres. Le FC Barcelone a réalisé une des plus impressionnante remontada de l’histoire du football.


MARDI : REMONTADA POLITIQUE A LIBREVILLE ?

Dans un mois, douze (12) autres se seront écoulés depuis la fin de l’élection présidentielle ayant déclaré Ali Bongo vainqueur , après délibération de la cour constitutionnelle saisie par nombre de candidats à l’occasion, dont Jean Ping. Mais sans succès. S’ensuit alors la promesse de « récupérer une victoire » supposée. Comme le Barça face au PSG !

LA FIN DU CONCEPT : « PRÉSIDENT ÉLU » ?

C’est la précision importante contenue dans la dernière déclaration publique en date de sieur Eyéghé Ndong. Jean Ping rentre de son périple étranger en tant que Président. Tout court.

Serait-ce une absurdité que de préciser que l’on est président élu ? Pas totalement. Tout dépend du pays. Cela traduit de fait, et sous d’autres cieux, une crise institutionnelle et politique. Sauf dans le cas du Gabon où les balbutiements qui accompagnent pareil élément se nourrissent de leurs propres fantasmes et turpitudes. Du moins, jusqu’à la démonstration contraire. Ne sait-on jamais ?

Pourquoi la classe politique gabonaise ne tire-t-elle que rarement les conséquences de son discours politique ? « Président élu » est un concept vide à Libreville. Une fuite en avant ou l’expression d’un manque de courage politique ?

Mais Jean Ping n’est pas le premier à en faire usage. Depuis au moins 1993 avec Paul Mba Abessolo et, récemment, André Mba Obame en 2009, l’élément de langage politique a noyé l’opinion publique dans une espérance jamais réalisée. A la différence, André Mba Obame lui donnera tout de même du sens en prêtant serment le 25 Janvier 2011.

Qu’attend donc Jean Ping ? Fort de sa conviction d’avoir remporté le scrutin et de bénéficier du soutien d’une certaine communauté internationale ? Laquelle a déjà assisté à la prestation de serment d’Ali Bongo du 27 septembre dernier pour un second septennat [ JeuneAfrique – Gabon : Ali Bongo Ondimba a prêté serment pour un deuxième septennat].

Pourtant, cette classe politique gabonaise proche de Jean Ping ne manque pas de citer des précédents. Quand elle interpelle des précédents politiques pour justifier son actuelle posture. Au mépris des faits comme le témoignent les cas ivoirien et Gambien.

PRÉSIDENT ÉLU EN COTE D’IVOIRE ?

Dans cette interview au journal LE MONDE , le porte-parole de la Coalition ou de Jean Ping (c’est selon les humeurs), Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, interpellait l’intervention de la communauté internationale en citant le cas de la Côte d’Ivoire, tout en récusant l’usage de la force. Incohérence ? Qui peut croire aujourd’hui, et au vu des faits historiques, que l’intervention de la communauté internationale via la France en Côte d’Ivoire n’a pas fait usage de la force?

A quand une résolution sur le Gabon ? Comme celle adoptée le 30 mars 2011 par le conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies [ Côte d’Ivoire: le Conseil de sécurité adopte des sanctions ciblées contre le Président Laurent Gbagbo, son épouse, et ses proches associés] ?

Des messages subliminaux qui ne vont jamais au bout de leur logique. Le Gabon n’a eu aucune crise institutionnelle au point de mettre en conflit la Cour Constitutionnelle et la CENAP en charge de l’organisation des élections. En Côte d’Ivoire, en effet, le 3 décembre 2010, le Président du Conseil constitutionnel invalidait les résultats provisoires de la CEI – en charge de l’organisation des élections – qui donnaient le candidat Alassane Ouattara vainqueur. [Lire: LES CONTRADICTIONS DE JEAN PING, MARC ONA ET NTOUTOUME AYI FACE AUX ACTES DE SIEUR ABA’A MINKO ? ]

PRÉSIDENT ÉLU EN GAMBIE ?

Dans un article explicite, RFI titrait « Président élu » en parlant du président Adama Barrow [Gambie: le président élu Adama Barrow au Sénégal jusqu’à son investiture].

Un mois seulement après avoir été déclaré vainqueur le 01 décembre 2016, il rencontrait déjà les autorités des pays de la Communauté internationale reconnaissant sa victoire.

Ce fut le cas quand « Adama Barrow, le président élu gambien, rencontrait le président français de l’époque, François Hollande et le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, à Bamako au Mali, le 14 janvier 2017. »

Une démarche et un soutien de la communauté internationale qui furent sans
fioritures.

La cérémonie de prestation de serment qui s’ensuivit eut lieu le jeudi 19 janvier 2017 à l’ambassade de Gambie à Dakar, au Sénégal, comme le rapportait le même journal LE MONDE qui interviewait le porte-parole de Jean Ping plus haut.

 

PRISE DE LA PRÉSIDENCE ?

Seuls ceux qui tentent de tutoyer l’histoire politique gabonaise trouveront quelque chose de particulier à la démarche de Jean Ping qui réclame toujours sa victoire. Il est tout aussi soupçonné des victoires de l’opposition en 1993, avec Paul Mba Abessolo. En 1998 ou 2005, c’est selon, avec Pierre Mamboundou. Et, en 2009, avec André Mba Obame. Tous ces acteurs ont contesté et crié au Monde leur victoire supposée, s’attribuant toutes sortes d’épithètes pour consoler une réalité qui ne permettrait toujours pas de vivre une prise de pouvoir effective.

Le remake de Jean Ping est-il donc innovant ?

La réponse viendrait de ses soutiens hier vantés pour leur esprit de stratégie politique ou pour leur poids lourd supposé sur l’échiquier. Avant d’être aujourd’hui vilipendés par une frange des mêmes partisans de Jean Ping qui, un an plus tôt, en étaient les louangeurs. Parce qu’ayant pris leurs distances de la coalition d’août 2016 ?

Ce sont les cas de l’ancien directeur de campagne, Réné Ndemezo’o, lequel n’avait pas attendu longtemps pour embrasser l’appel au dialogue du Président Ali Bongo.

Même si les tournures langagières prêtent à confusion, entre reconnaissance implicite d’un pouvoir effectif à Libreville et volonté de rester solidaire à un électorat encore attaché à la dynamique première de la coalition, des divergences politiques profondes se sont installées.

Nous le disions précédemment…

Quand Guy Nzouba Ndama, ancien candidat s’étant retiré au profit de Jean Ping, appelle à une participation aux législatives dont le nouveau report a été décidé par la Cour Constitutionnelle [ lire: Impossible calendrier et report illégal des législatives en avril 2018 ? ], tout en affirmant ne pas vouloir suivre le camp Jean Ping qui viendrait à les boycotter [JeuneAfrique]: Gabon – Guy Nzouba-Ndama : « Il faut savoir discuter avec son adversaire »

Pendant que Casimir Oye Mba, ancien candidat également retiré au profit de Jean Ping,  avait déjà émis le souhait de voir ce dernier et le Président Ali Bongo se dépasser pour sortir de ce qu’il qualifie de crise politique [Gabonreview]: Sortie de crise : Casimir Oye Mba invite Ali Bongo et Jean Ping à se parler

Ailleurs, c’est un autre ancien soutien, David Mbadinga d’une fraction de l’Union du Peuple Gabonais, qui déclarait au cours d’une conférence de presse organisée le jeudi 20 juillet 2017 [ Gaboneco -DAVID MBADINGA INVITE JEAN PING AU RESSAISISSEMENT !]:

« Un an après l’élection présidentielle, l’opposition n’a plus la possibilité de conquérir une quelconque victoire… Évitons d’être dans le défaitisme, vivons les faits et tirons les conséquences. Gérer un peuple ce n’est pas gérer des moutons. La vie de l’homme est trop précieuse pour qu’on la gère avec des spéculations. » 

Alors qu’il avait donné son accord de principe pour la mise en place de la Coalition et pour le choix d’un candidat consensuel, Raymond Ndong Sima quittait ladite Coalition sous l’incompréhension des publics. A cette occasion, et contestant les fondements d’un tel accord politique, il prédisait ce qui semble se dessiner dans une tribune [Les raisons de notre divergence politique] publiée le 22 août 2016:

« Une victoire construite sur du mensonge est une victoire qui ne présage rien de bon. Elle préfigure même des lendemains inquiétants. Désireux de chasser à tout prix Ali Bongo Ondimba qu’ils ont eux-mêmes installé au pouvoir, les apparatchiks du régime ont décidé d’user de toutes les armes pour se débarrasser de ceux qui ont l’imprudence de se mettre en travers de leur route ou bien qu’ils considèrent comme gênant pour l’atteinte de leur objectif. »

Ce climat politique tend à garder le débat public loin des préoccupations quotidiennes des gabonais. Alors que la crise économique continue de faire des vagues.

Puisque certains en ont la conviction. Sur le fait que la solution… la panacée se trouve dans une sorte de Remontada Politique portée par Jean Ping. Celle qui marque « enfin » ses débuts demain, mardi 25 Juillet 2017.

Le rendez-vous est pris. Les survivants de ce lundi nous diront ce qu’il en aura été…

Bon début de semaine sur @241DDR.

 

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