lun. Juil 15th, 2019

InEdito – Femmes nues aux charbonnages : Apologie d’une violence légitime contre la désinformation volontaire !

J’entends très souvent parler de dictature au Gabon. Où est-elle devant certains comportements qui desservent la société tout en participant à garder l’esprit critique des populations en hibernation ? Comment peut-on continuellement laisser des internautes parfois identifiés  véhiculer des messages dangereux pour la paix sociale juste pour le plaisir de faire du buzz et de justifier leurs certitudes et autres fantasmes ?

CRIME DIT RITUEL ?

Ce dimanche 16 Juillet 2017, les réseaux sociaux ont encore vécu au rythme des publications sur un présumé “crime rituel” dont les victimes auraient été sauvées par un embouteillage sous le pont des charbonnages et l’intervention de la Police. Sans attendre la version des autorités de Police, celle d’une voix autorisée, la rumeur annoncera que l’opération menait in fine à un sacrifice humain. Les coupables et commanditaires sont vite trouvés sur internet: le gouvernement, le Président de la République et ceux qui espèrent entrer ou rester au prochain gouvernement dit en gestation.

COMMUNIQUE DE LA PRÉFECTURE DE POLICE

Face aux rumeurs persistantes relayées via les réseaux sociaux faisant état d’un enlèvement de deux jeunes filles cette fin de matinée du 16 juillet 2017, la Préfecture de Police de Libreville tient à apporter les précisions suivantes :

Il s’agit d’une affaire conjugale : Une dame ayant abandonné son foyer conjugal pendant plusieurs jours pour s’installer dans un studio avec son amant qui est membre d‘une église éveillée.

L’amant a donc emmené la dame dans cette église et présenté au Pasteur qui aurait déclaré que l’époux légitime est membre d’une secte.

Informé du lieu où se trouvait son épouse, l’époux a décidé d’aller avec sa famille récupérer sa femme qu’il a trouvé dans le studio de son amant pour la ramener à leur domicile.

Arrivé à l’échangeur des charbonnages, la dame a sauté du véhicule et s’est déshabillée pour manifester son refus de partir avec la famille.

Après l’avoir remise dans le véhicule, les populations qui pensaient qu’il s’agissait de crime rituel se sont rapprochées du véhicule pour tenter d’y mettre le feu.

Une patrouille de police passant dans le secteur, attirée par cet attroupement qui causait un trouble à l’ordre public, a interpellé les intéressés et les a conduit au poste de police.

1- ” s’agissait il d’un kidnapping de deux jeunes filles nues ” ? Il s’agissait d’une femme et d’un problème conjugal

2- ” Comment les bandits peuvent ils sévir dans une ville quadrillée 24h/24 ” ? La preuve que les patrouilles sont menées 24h/24 se matérialise par l’intervention immédiate d’une équipe de patrouille de nos forces

La Préfecture de Police de Libreville a constaté les faits et une enquête judiciaire est ouverte par les services compétents.

FIN

LA COLÈRE IRRATIONNELLE DES INTERNAUTES

Jean-Noeël Kapferer, professeur à HEC et expert mondial de la communication, dans son essai “Rumeurs: le plus vieux média du monde”, produit des postfaces assez édifiantes. Il nous y apprend que l’on ne communique ou ne relaie pas sur internet des choses auxquelles nous ne croyons pas. La recherche de la vérité et l’objectivité deviennent par conséquent un moindre souci.

Il suffit qu’une rumeur conforte nos certitudes même les plus absurdes, ou que l’on s’identifie à une cause défendue par une publication sur le net, pour se joindre à sa chaîne de propagation. Sans en mesurer les conséquences. Et l’intervention de nouveaux éléments d’appréciation et factuels remettant en cause nos croyances seront vites assimilés à un complot à l’initiative des autorités.

C’est ce qui semble justifier la colère des internautes suivant le communiqué de la Préfecture de Police de Libreville. Quoi de plus simple pour l’observateur que de vérifier si, comme le dit la préfecture, les protagonistes ont réellement une liaison conjugale ? Rien que cela pour dissiper au moins la simple allusion à des inconnus kidnappant d’autres inconnus à des buts de sacrifices humains? Pis, une enquête a été ouverte.

Mais cela n’intéresse pas ceux qui recherchent le moindre alibi pour valider la théorie de leurs fantasmes permanents. Pour conforter des idées arrêtées et inspirées par des colères et frustrations qui n’ont pourtant aucun lien direct avec l’incident. Dans une société où la science et l’objectivité peinent à repousser cet “état théologique” cher à un certain Auguste Comte. C’est la société de superstition à outrance !

PARCE QUE TOUS LES COUPS SONT PERMIS

C’est cette logique qui sous-tend plutôt les agissements d’une horde de compatriotes qui voit dans chaque occasion, chaque actualité, une aubaine pour maquiller leur combat politique contre le pouvoir politique d’Ali Bongo.

Ils sont sur la toile, souvent à l’étranger et loin des faits, à l’initiative de toutes sortes d’interprétations de la réalité dans le seul but d’acculer leurs adversaires ou ennemis déclarés. Quitte à manipuler et à désinformer. Et ce, peu importent les conséquences sur le corps social qui, parfois, ne se reconnaît nullement dans ces chamailleries politiciennes en sous-marin.

Si hier, les populations se jetaient dans une sorte de justice populaire conduisant à la mort, après avoir lu tant de versions sur internet faisant allusion aux crimes de sang requalifiés en rituels, pour une affaire conjugale comme il en existe dans les foyers de ceux qui diffusent ces rumeurs, qui aurait été tenu pour responsable ? Surtout, quand des individus sont clairement identifiés – Thibault Adjatys, Franck Jocktane et les administrateurs du Forum Infos Kinguélé entre autres -, sans être des agents de police, ni des voix autorisées, mais s’investissant dans une vaste entreprise de désinformation de masse ? Cela sert ou dessert-il leur idéal d’une société gabonaise plus éclairée ?

LA RÉPONSE DU GOUVERNEMENT ?

A l’époque, porte-parole de la présidence, Alain Claude Bilié By Nze tentait de mettre en place une plateforme – www.stop-kongossa.com – pour contrer la propagation des rumeurs. En produisant une information officielle et factuelle à la disposition des publics. Mais le projet ne sera fonctionnel que pour deux courts mois, entre juillet et août 2015. Avec seulement cinq (5) articles produits. Aujourd’hui, la plateforme n’est même plus accessible. Au titre des motivations de l’entreprise, une conférence de presse tenue au courant du mois de juillet 2015 les déclinait en ces termes :

«La vocation de l’Etat est d’apporter des informations neutres. Il s’agit donc de mettre des éléments objectifs à la disposition du public et des organes chargées de traiter l’information. Ces derniers, par la suite, se feront leur propre opinion. Il ne sera pas question d’articles de presse. Mais seulement de donner l’information juste, sans parti pris. »

C’était sans compter sur le déficit de confiance des citoyens, et des internautes en particulier, quant aux intentions de neutralité des services de communication gouvernementaux. Ce constat est accentué lorsque ladite plateforme citait des sources dépendantes de l’autorité même du gouvernement. Or, le principe de la neutralité de l’information exclut que l’on soit joueur et arbitre dans le traitement d’une l’information se voulant objective. Le recours à des sources indépendantes aurait par conséquent été plus pertinent. Après tout, il s’agit de s’en prendre au plus vieux média du monde  ! La mer à boire ?

Cela n’a rien d’exceptionnel au cas du Gabon. En France, le gouvernement français créait le 30 mars 2015 un compte Twitter “pour rectifier et/ou démonter les informations déformées et/ou absurdes qui circulent sur les réseaux sociaux.” C’est ce que nous apprenait Le Scan politique du journal Le FIGARO – « L’Elysée se dote d’un compte Twitter pour démonter les rumeurs » – Le Figaro – 30 mars 2015.

INSUFFISANT. MAIS…

Le gouvernement peut mieux faire. Il faut user de la violence légitime que procure la loi. Pour dissuader et punir les mauvaises pratiques liées à cette désinformation en définitive volontaire.

D’abord, parce que le rumeur et la désinformation auront toujours un coup d’avance. Parce qu’elles ne se soucient guère de faire une enquête objective de recoupe de l’information auprès de tous les acteurs concernés par une actualité. La source officielle agit souvent après coup. Entre justification et démentis. Car, les médias publics manquent de diligence dans la couverture de toutes les actualités brûlantes en priorisant les faits.

On avait cru que Gabon 24 serait dotée de moyens adéquats pour ce faire. Hélas ! Plus prompte est la chaîne pour nous dire ce qui se passe en Afghanistan en snobant un incident se déroulant au Pont des charbonnages, à quelques jets de pierres de ses locaux de la Présidence.

User de violence légitime contre ces pratiques qui inondent nos messageries sur les réseaux sociaux. Surtout que certains devenus spécialistes dans la désinformation volontaire se fichent d’apporter des rectificatifs nécessaires quand les faits démentent. Au contraire, ils passent à autre chose. A une nouvelle tentative.  C’est donc fait à dessein pour nuire , pour porter atteinte à la vie privée et créer le trouble à l’ordre public.

Dans une interview accordée au Nouvel Observateur et publiée le mercredi 13 juillet 2011, un avocat au barreau de Paris spécialisé en droit de la presse – Christophe Bigot,  affirmait ce qui suit:

“Sur les réseaux sociaux … Le droit de réponse y est plus difficile à exercer et son application à Facebook et Twitter n’a pas été jugé à ma connaissance. Toutefois, si les profils sont accessibles et publics, le délit de diffamation et l’atteinte à la vie privée s’appliquent. Si la personne écrit sous son nom, elle peut faire l’objet d’une procédure. Si c’est un pseudo, la police enquêtera pour remonter jusqu’à elle. Il en est de même pour les commentaires postés sur un forum ou sur tout autre site communautaire.” (source)

Deux sources valant mieux qu’une… 

Un autre avocat au barreau de Paris, Me Basile Ader, et spécialiste du droit de la presse déclarait sur  Lefigaro.fr,  à propos de la responsabilité de quelqu’un qui relaye publiquement une rumeur :

«Le fait de dire ou d’écrire : «voilà, il y a une rumeur qui circule en ce moment», sans l’énoncer, n’est pas répréhensible. Mais quand on raconte la rumeur, qu’on l’explique, qu’on la détaille, là, en revanche, on peut être considéré comme responsable. Même si on dit la tenir d’un autre média, d’une autre source. Notamment parce qu’en agissant ainsi, on va peut-être informer de nouveaux lecteurs qui n’étaient pas encore informés.»

Ces exemples sont-ils applicables selon la loi gabonaise  ?

Parce que les réseaux sociaux sont assimilés à des médias.

L’historien et penseur britannique Edmund Burke, qui, le premier, en 1787, a qualifié la presse de « quatrième pouvoir » a inspiré le concept de “Cinquième pouvoir” des réseaux sociaux chez Marc-François Bernier, professeur et spécialiste en éthique et déontologie du journalisme à l’université d’Ottawa Canada.

C’est dire que le domaine public et la sphère médiatique s’étendent désormais sur internet et ses nouveaux médias.

Que font les pouvoirs publics quand ces rumeurs participent à discréditer la communication des institutions officielles ? Amenuisant le capital confiance entre le citoyen et l’administration qui demeure, sauf à s’y méprendre, responsable de la gestion de la cité et des conséquences d’une information publique absente ou mal contrôlée ?

Dans le cas particulier du Gabon, la loi No 19/2016 du 09 août 2016 portant code de la communication, abrogeant celle No 12/2001 du 12 décembre 2001, vient soutenir cet argumentaire au point de prendre désormais en compte les nouvelles technologies de l’information et l’univers numérique adossé à internet.

Reste à qui de droit de jouer pleinement son rôle face à ces pollueurs publics qui confondent certainement la supposée légitimité de leur combat politique à l’anarchie et la désinformation au risque de mettre en danger la vie de leurs compatriotes.

Les autorités par leur laxisme et ce laisser-aller se font-elles donc complices de ces voyous ? Absolument…

Meboon Môôn Meba Ondo

Laisser un commentaire