#InEdito – La fête des cultures : une perte de temps voire un simple divertissement ?

Comme de nombreux compatriotes, je ne me suis pas senti concerné par la fête des dites cultures célébrée du 7 au 9 juillet dernier. Cependant, un pur hasard qui me conduisait à la rencontre d’une grande sœur m’imposait hier un détour au Boulevard Bessieux – Jean Paul II – où s’est implanté le village consacré à l’événement.

Ce n’est pas ici que vous viendriez lire la grande histoire autour de cette célébration. Ce n’est pas ici qu’on rappellera qu’elle était à sa 13ème édition après avoir été initiée par Paul MBA ABBESOLO –en 1997, Maire de Libreville. Ces angles de lecture sont ceux que vous retrouverez dans la presse classique. Allez vous la procurer maintenant au lieu de perdre du temps également par ici d’ailleurs  !

Vous êtes toujours là  ?  Vous savez par conséquent comme moi ce que vous recherchez. Poursuivons.

Définie comme ce qui est différent de la nature, parce qu’ensemble des connaissances et des comportements qui caractérisent une société humaine, c’est-à-dire ce qui est de l’ordre de l’acquis et non de l’inné, la Culture repose sur un moteur principal : la langue. Cette dernière n’est uniquement pas le simple médium pour faciliter la conversation de comptoir autour d’une bière. Mais bien plus. Elle véhicule une vision du Monde. Une philosophie. Des sciences. C’est un élément politique prioritaire voire de guerre.

Si cette logique de guerre – certes froide ? – n’est pas intégrée, inutile donc de nous fatiguer avec des discours pompeux et autres manifestations sur la Culture. Ces plaisanteries pour se donner bonne conscience. Mais, devant qui ? Ces nombreux compatriotes qui assistent auxdites manifestations pour fuir l’ennui de leurs quartiers ? L’architecture de la ville de Libreville est le message le plus puissant sur l’état culturel de la nation. Puisque, chez moi, par exemple au Woleu-ntem, point de Culture sans la notion d’ “étobegha”. C’est-à-dire: comment la communauté pense l’habitat et, partant, sa société toute entière. Ailleurs, on dira que le ménage – famille- est la première des sociétés.

NOUS SOMMES DES FRANÇAIS… SANS LA NATIONALITÉ FRANÇAISE ?

Pourquoi emmerder son enfant à la maison avec l’apprentissage de la langue maternelle quand il n’en voit pas l’utilité dans son environnement ? Quand aucune contrainte à l’extérieur du domicile familial ne lui impose son usage ? Gabon Télévision comme l’ensemble des radios du pays font prioritairement la promotion de la langue française. Nos livres. Nos musiques. Nos films. Nos conversations. Nos bouquets de télévision. L’école publique. L’administration. Nos parents aujourd’hui lorsqu’ils nous parlent… Même quand nous envisageons la poursuite de nos études supérieures et, donc, l’orientation de nos vies… Campus France, l’Institut français… Nos produits de consommation. Nombre de nos partenaires économiques… Ou comment vivre en France sans y être ? Etre gabonais n’est-il pas être français en le voilant ?

Il faut peut-être poser la question au premier Président Léon Mba qui ne voulait pas de l’indépendance du Gabon. 

NOS ENFANTS ONT FINALEMENT RAISON

Ils nous disent qu’on les emmerde avec nos histoires de villageois. De la Constitution aux médias publics, la langue française fait sa loi. Ce n’est pas le premier jour de classe qui dira le contraire. Tout le cycle scolaire et universitaire entretient la tradition. Nous sommes nous-mêmes les gardiens de l’ordre qui tue et réduit au silence nos cultures. Avant de célébrer cette belle hypocrisie en plein milieu de l’année pendant quelques heures puis… Retour à nos moutons !

Hier, disais-je, j’étais au village culturel et circonstanciel de la fête des cultures. J’y ai vu de nombreux jeunes gabonais. Pas tellement autour des stands où gesticulaient quelques compatriotes badigeonnés de kaolin tels des clowns. Pour amuser les galeries. Et ses badauds qui les observaient comme des animaux au Zoo. Tellement les scènes paraissent inhabituelles et extraordinaires. Loin de la quotidienneté que les gens ont vite fait de retrouver autour du podium géant monté devant l’Ecole Martine Oulabou. Là, on pouvait écouter quelques sons Hip Hop et de Rap. Ce qui enchantait le public plutôt jeune, quand il n’était pas ennuyé par des scènes artistiques étrangères qui ne renvoyaient à aucun souvenir de leurs chaînes de télévision en vogue.

NOTRE CULTURE, C’EST LA FRANCOPHONIE

Pour bien comprendre l’ampleur des enjeux, pour ceux que cela intéressent, loin du folklore et du divertissement d’un weekend dernier à Libreville, étudier le rôle des anciens centres culturels français devenus Instituts Français depuis la loi du 27 Juillet 2010 est de rigueur.

Ailleurs, comme nous le disions supra, la Culture est une arme pour s’imposer soi-même à soi, et aux autres. Tout le langage diplomatique tendant à faire croire que la Culture est innocente, gentille et ludique, est le fait d’une entreprise volontaire pour ne pas affronter la réalité et les vraies décisions politiques qui s’imposent.

L’Institut Français est dans l’inconscient populaire, et pour une majorité de nos apprenants gabonais, la référence en matière culturelle dans notre pays. Il offre une bibliothèque devenue incontournable. Où est la nôtre dite nationale et ses services similaires ? Son vieux bâtiment, à côté de l’architecture futuriste de l’Institut Français, ne donne même pas envie de la fréquenter ! Elle est ignorée du grand public.

L’Institut Français offre une salle-pivot de spectacles et de conférences. Même les événements à dimension nationale y sont adossés et organisés. Pour quel message subliminal ? Des artistes de renom gabonais y gardent nombre de leurs meilleurs souvenirs. La jeunesse gabonaise y célèbre ses cultures urbaines. Que fait le ministère de la culture gabonais face à cette situation ?

FRANCHEMENT…

Si des décisions politiques ne précèdent pas toutes ces célébrations culturelles, nous demeurerons dans le périmètre du divertissement. Si les populations n’ont aucune obligation autour de leur Culture, par l’éducation et l’économie… La plaisanterie pourra se poursuivre. C’est un retour gâché de la Fête des Cultures. Et toutes les conférences qui ont eu lieu notamment à l’Université Omar Bongo à cette occasion, en langue française, pour parler de la culture Punu, Téké… NFang, portent en elles-mêmes une part de moquerie. Et ce, en dépit de la qualité des conférenciers.

De quoi vivrait la Culture si aucune économie ne se développe autour ? Si sa langue n’a aucun caractère obligatoire… à quoi serviraient des livres en Nfang ? Si les élèves et leurs enseignants n’ont aucune obligation de les acheter ? Si la Science ne s’y intéresse pas ? Si la Télévision, la Radio et la Presse ne s’y intéressent pas ?

A quoi servirait la Culture si son art culinaire, sa cuisine fait l’objet d’une exposition exceptionnelle le jour de la fête des Cultures ? Si, au quotidien, l’on se nourrit d’autres choses en quantité industrielle ?

A quoi servirait la Culture si son vêtement est moqué ? Si les médias, leaders d’opinion et autres figures tutélaires  n’en font que rarement la promotion ? Si le code vestimentaire officiel ignore le style local ? Allons voir ce qu’il en est en Afrique de l’Ouest : toute une économie organisée. Nous pensons au Boubou traditionnel du Ghana autorisé dans les lieux publics et les administrations. Celui que les Présidents ghanéens transportent à dos au-delà de leurs frontières lors de certains déplacements officiels.

La seule Culture qui soit universelle est la Science. L’éducation scientifique.

Tout le reste, à moins de se donner des armes politiques comme vu dans le cadre des Instituts Français et de la langue française, n’est que distraction.

D’ailleurs, où était le Président de la République, Ali Bongo Ondimba, pendant que se célébrait la fête des cultures au Gabon son pays ? Sous son haut patronage comme annoncé dans tous les spots publicitaires ? A l’étranger ? C’est dire ?

Meboon

Ici: Lien pour avoir des images et vidéos de la Fête des Cultures 2017.

 

 

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :