#DroitDeRéponse – Paul-Marie Gondjout contredit par les chiffres et les faits ?

“La dette publique affiche désormais plus de 60% du PIB, du jamais vu dans un Etat pétrolier.” C’est un des célèbres passages d’une publication datant du 27 Juin 2017 par ce responsable de l’Union Nationale. Posant comme condition exclusive le départ de l’actuel Président, Ali Bongo, pour le salut du pays. Examinons:

LA PUBLICATION SUR FACEBOOK

Ce sont 17 paragraphes censés partager la pensée de Paul-Marie Gondjout sous un titre assez engagé : “Sans un départ d’Ali Bongo du pouvoir, point de salut pour le Gabon.”

Le décor est planté dès l’entrée du texte : l’élection présidentielle d’août 2016 a été volée, donnant lieu à une crise de régime. Pour Gondjout, “certains” proposeraient des pistes de sortie de ladite crise dont le dialogue, la médiation Bongo-Ping… Quand d’autres évoqueraient même la nécessité d’une révolution. Mais, qui sont ces “certains” ? Lorsque, plus loin dans sa publication, ce dernier interpelle la communauté internationale pour appuyer les conclusions de son propos ?

CERTAINS…

“Au lendemain de l’élection, l’Organisation des Nations Unies, via un communiqué de presse de l’ancien Secrétaire Général, se félicitait et affirmait ceci sur le cas du Gabon :

25 septembre 2016 – Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a pris note dimanche de la décision de la Cour constitutionnelle gabonaise sur les recours introduits concernant les résultats préliminaires de l’élection présidentielle du 27 août 2016 et de sa confirmation de l’élection d’Ali Bongo Ondimba en tant que Président élu.

Le Secrétaire général se félicite de l’appel à un dialogue national lancé par le Président élu. Un tel dialogue devra être représentatif de toutes les parties prenantes en faveur de la réconciliation nationale, d’une gouvernance inclusive et de l’adoption de mesures consensuelles pour la tenue d’élections législatives pacifiques et crédibles en décembre 2016.” (Source)

Sur la médiation, Gondjout feint-il de ne plus reconnaître que ce sont les membres de sa coalition qui l’évoquent ? Casimir Oyé Mba en mai 2017, vice-Président de son parti l’Union Nationale, appelait Jean Ping et Ali Bongo à se parler (Gabonreview). Pendant que Jean Ping invitait à une médiation internationale pour refaire le procès du contentieux électoral en sa faveur et pour cause : sa prise de pouvoir.

ALI BONGO PART COMMENT DU POUVOIR ?

Paul-Marie Gondjout s’épanche et use de belles tournures langagières. Certes. Sauf qu’il omet de dire à son lecteur comment fait-il concrètement partir Ali Bongo du pouvoir. D’abord, son discours est-il assumé ? Qui doit enlever Ali Bongo du pouvoir et comment ? La rédaction dans un style impersonnel prête à confusion. “Il faut que… ” ? On parcourt ce texte en espérant plutôt lire: “Je vais faire partir Ali Bongo de telle manière” !

Mieux, Gondjout lançait, en décembre 2014, un mouvement dénommé “Mouvement Article 10… Ali Bongo, bouge de là !” (Gabonreview) avant la présidentielle de 2016. Le bilan d’actions dudit mouvement semble toujours en suspens ? On nous avait promis de ressortir des documents compromettants sur la filiation du Président. A quel niveau alors ?

Par ailleurs, évoquer la vacance du pouvoir dans son propos suivant la destitution supposée d’un Ali Bongo n’est-il pas déjà reconnaître une légalité à son pouvoir ? Cette vacance est encadrée par les seules dispositions de l’article 13 de la constitution qui fait du Président du Sénat l’occupant par intérim de la fonction suprême. De quoi parle sieur Gondjout exactement ?

LA MISE SOUS PERFUSION DU GABON PAR LE FMI ?

Ce passage a attiré notre attention:

“Échec sur le plan économique, la conclusion du FMI est sans appel. Le Gabon est sous perfusion internationale, plus de 20.000 milliards de FCFA ont été engloutis dans les budgets des 7 dernières années sans résultats aucuns. La dette publique affiche désormais plus de 60% du PIB, du jamais vu dans un Etat pétrolier.”

D’abord et concernant les chiffres, la rigueur s’impose au niveau des responsabilités qui sont celles de sieur Gondjout au sein de l’Union Nationale. Ce chiffre rond – 20 000 milliards – est réparti comment sur les sept (7) dernières années budgétaires ? Et, quelle différence entre le budget de l’Etat comme prévision non effective, et les différentes lois de règlement censées statuer définitivement sur les ressources et les dépenses réellement disponibles et effectuées ?

Rappelons que le Gabon n’est pas le seul pays à être frappé par la crise découlant en grande partie de la baisse des cours du pétrole – dont dépend encore à forte proportion le pays. La Côte d’Ivoire en décembre 2016, la Tunisie et, il y a quelques heures, le Cameroun ( Le FMI approuve un accord de prêt triennal de 390 milliards de FCfa, en faveur du Cameroun) viennent de bénéficier d’accords de prêt similaires du Fonds Monétaire International. Lire notre précédent article : #DDR : Accord de prêt du FMI au Gabon 2017: entre rumeurs, commentaires et faits ?

Gondjout dit, pour finir notre analyse, que: “La dette publique affiche désormais plus de 60% du PIB, du jamais vu dans un Etat pétrolier.”

DU JAMAIS VU ? 

Nous nous sommes prêtés au “fact-checking”, petit exercice qui consiste à confronter les paroles “politiciennes” aux faits. Et ainsi voir si le Gabon, ce pays qu’on peint tellement en noir pour accréditer des discours politiciens, marque une première dans l’histoire.

Voici quelques pays pétroliers et leur niveau de dette par rapport au PIB (Source 2015) :
Etats-Unis : 104 %
Canada : 90%
Irak : 75%
Ghana : 72%
Brésil : 69 %
Inde : 65%

LE CAS PARTICULIER DU GHANA :

L’analyse de Gondjout qui  impute la crise économique  à la mauvaise gouvernance – qui a son lot de casseroles au Gabon certes – et au climat politique trouve son contre exemple dans le Ghana. Devenu pays producteur de pétrole en 2010 (JeuneAfrique), le Ghana demeure l’un des pays africains exemplaires dans la tradition démocratique. Les présidents se succèdent entre opposition et majorité.

Pourtant, sa dette culmine à plus 70% de son PIB en raison de la dépréciation de sa monnaie (Cedi) et de la crise économique. Le Ghana avait conclu en février dernier un accord d’assistance financière de 918 millions de dollars avec le Fonds monétaire International (FMI) en vue de mettre fin à la chute du Cedi, de juguler l’inflation ( Source Agenceecofin).

Que dire alors de cet engagement d’un pays dit démocratique posé en contre-exemple au Gabon décrit par sieur Gondjout ?

Pour en savoir plus sur la crise de la dette au niveau mondial, lire le rapport semestriel du FMI produit en janvier 2017 (article). Ou cet article  du Scan Eco chez  LE FIGARO : Pétrole à moins de 40 dollars : ces pays qui souffrent le plus.

Meboon Môôn Meba Ondo

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