dim. Oct 20th, 2019

#DDR – Grève dans la santé : la dictature des « syndicats » qui condamnent à la mort les usagers ?

Six mois déjà que le Syndicat National de la Santé (SYNAS) a enclenché un énième mouvement de grève. Si les revendications des personnels de santé sont, pour l’essentiel, fondées, il faut relever la suspension du service minimum dans les structures de proximité qui met en péril la santé de milliers d’usagers.

AUX ORIGINES

C’est le 5 janvier dernier que le SYNAS a déposé sur la table du ministre de la santé publique son préavis de grève. Dix mois après la signature d’un protocole d’accord qui engageait le gouvernement à « payer la PIP des 1er et 2ème trimestres 2015 » et à « régulariser les situations administratives des agents et rouvrir des écoles provinciales de santé ». Comme pour apaiser le climat à la veille de l’élection politique, Paul Biyoghe Mba, alors vice-premier ministre en charge de la santé, avait signé sans avoir la conviction que les différents points énoncés allaient être satisfaits.

Le 17 janvier, le préavis de grève a pris la forme d’une grève avec l’espoir que le gouvernement, désormais débarrassé de la pression qui a entouré la présidentielle de 2016, allait pouvoir «réexaminer avec diligence, sous peine de voir le fonctionnement des structures sanitaires paralysé par une grève illimitée» les revendications bien connues des syndicats du secteur. Lire sur Gabonreview

LES REVENDICATIONS

La Prime d’Incitation à la Performance. La PIP est devenue sans doute l’un des pires goulots d’étranglement du gouvernement qui, tout bilan fait, se retrouve entrain de primer aussi bien les personnes dévouées que les bras cassés. Au même niveau. Sans avoir l’assurance que les meilleurs sont véritablement récompensés et que les moins compétents sont remerciés à leur juste valeur. Cela met nécessairement en doute la justesse des jugements et la capacité à assumer de ceux qui ont la responsabilité de dresser les listes des bénéficiaires. Mais quoi qu’il en soit, il est évident aujourd’hui que la PIP qui déclenche la quasi totalité des mouvements de grève dans l’administration publique est devenue, pour de nombreux fonctionnaires, une source de revenue certaine qui est attendue à longueur de trimestres. Cela explique sans doute pourquoi le paiement de cette prime est toujours évoqué en premier lieu par les syndicats. Et cela révèle nécessairement le véritable intérêt des syndicats : l’argent.

Les situations administratives des agents de santé et la réouverture des écoles provinciales de santé. L’administration de la santé compte plusieurs départs à la retraite chaque année. Médecins, infirmiers, sages-femmes, anesthésistes, aide-soignants. Ils sont nombreux à décrocher. Cela suggère un remplacement numérique. Au-delà des départs à la retraite, il y a un besoin de plus en plus important de compétences et de main d’œuvre capables de prendre en charge une population qui croit, peut-être lentement mais qui croit tout de même. Les défis qu’imposent notamment les Objectifs du Millénaire pour le Développement (Source ici) auquel a souscrit le Gabon suggèrent un recrutement et une formation à la hauteur des engagements. Le gouvernement et le SYNAS sont d’accord sur ce point (Lire sur Gabonreview/ Grève à la santé: personne n’est insensible à vos revendications).

Il faut donc rassurer les personnels soignants et les médecins en régularisant rapidement leurs situations administratives et leur permettre d’accéder à tous les mécanismes susceptibles d’améliorer leurs performances, leurs compétences et leurs revenus.

GREVE ILLIMITÉE ET… SERVICE MINIMUM MIS A MAL

En six mois, la grève du SYNAS a atteint sa vitesse de croisière. Joël Ondo Ella et les siens sont passés du préavis de grève déposé sur la table du ministre de la santé le 5 janvier une grève illimitée confirmée le 18 mai dernier.

La conséquence ? Les structures sanitaires de proximité telles que les SMI (anciennes PMI) ont été simplement fermées alors que les services d’urgence et les structures spécialisées ont réduit à l’extrême le nombre de patients qui doivent être accueillis chaque jour quand ce ne sont pas les horaires qui ont été redéfinis.

Il ne faut pas aller les chercher loin les victimes. Les centres et hôpitaux publics sont essentiellement fréquentés par les couches défavorisées qui, en plus de la gratuité de certains services comme la vaccination des enfants de moins de un an, doivent pouvoir compter sur leur assurance CNAMGS qui leur permet de minimiser les coûts d’hospitalisation, des médicaments ou de soins quelconques.

            Or, aujourd’hui, le « service minimum » tel que pratiqué par les agents du SYNAS ne permet plus à l’essentiel de la population d’être pris en charge correctement. Par exemple, les nouveaux-nés bénéficiant du BCG gratuit grâce à l’OMS sont privés depuis plus de 30 jours de ce vaccin à défaut de payer la somme de 15 mille CFA (22 euros) en clinique. Cela fait sans doute les affaires des structures privées. Un autre exemple peut être trouvé à l’hôpital de Nkembo spécialisé dans les grandes endémies et notamment dans la lutte contre la tuberculose. Depuis plusieurs semaines, le portail est barricadé. Le service minimum instauré permet d’accueillir « jusqu’à 10h » les malades. ( Lire sur Gaboneco / Front social : le personnel de l’hôpital de Nkembo passe à la vitesse supérieure ). Il s’agit de l’unique hôpital du pays qui traite officiellement la tuberculose. Un service minimum est-il acceptable quand on sait que la tuberculose est un problème de santé publique capable de menacer l’existence de communautés entières ?

Au fond, malgré leurs revendications fondées, les Syndicats du secteur de la Santé mettent en péril la vie de milliers de citoyens condamnés à fréquenter les structures publiques. Le gouvernement qui reconnaît le « sérieux » de ces revendications devrait pourtant s’appliquer à faire respecter le service minimum qui a totalement disparu des SMI, par exemple, et assurer la continuité du service dans les services d’urgence.

D’ailleurs, la Loi N°14/2005 du 8 août 2005 portant Code de Déontologie de la Fonction Publique indique dans son Article 7 que « le droit de grève ne doit pas, dans son exercice, provoquer une interruption totale ou complète du service public ou mettre en danger la vie, la santé ou la sécurité personnelle de tout ou partie de la population ».

Or, la suspension du service minimum dans certaines structures sanitaires ou sa pratique dans d’autres structures met bel et bien « en danger la vie de la population ».

En 1994, un comité d’experts de l’OIT suggère qu’un gouvernement, s’agissant du secteur de la santé, peut exiger que des syndicats exercent « les services essentiels » qui consistent à maintenir un service minimum de qualité si « l’interruption du service venait à mettre en danger la vie des citoyens ». (Source et documentation ici).

 AU BOUT DU COMPTE

Il n’y a pas dans le secteur de la santé que des « syndiqués » et des « grévistes ». Les scènes d’échanges verbaux violents entre les syndiqués voulant fermer les portes d’une SMI et les non-syndiqués voulant continuer à travailler ont régulièrement été relayés par les médias. Le seuil d’intolérance a été franchi trop souvent par les syndicats qui ont fini par ériger en règle d’or « la suspension du travail par tous les agents, syndiqués ou non, en cas de grève ». Dans ce sens, la loi donne aux administrations une grande marge de manoeuvre face aux exactions des syndicats. L’article 8 de la Loi N°14/2005 du 8 août 2005 indique que « Le non-respect du principe de continuité est susceptible d’engager la responsabilité de l’administration envers tout intéressé ayant subi un préjudice de ce fait ». Cela suppose que, constatant que le service minimum n’est pas assuré ou que des agents syndiqués empêchent des agents non syndiqués de travailler, un responsable d’administration peut engager des poursuites au risque d’être lui-même interpellé par ceux qui auront subi les conséquences d’une absence de service dans la structure indiquée.

L’article 348 du Code du Travail sur lequel nombre de syndicats de l’administration publique s’appuient, stipule que « Il est interdit aux grévistes d’empêcher d’assurer normalement le service minimum sous peine de sanctions prévues par les textes en vigueur ». Visiblement, les syndicats de la Santé ont choisi de passer outre toutes ces dispositions et d’enclencher un véritable homicide contre les usagers des services publics.

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