lun. Juil 15th, 2019

#DDR : Accord de prêt du FMI au Gabon 2017: entre rumeurs, commentaires et faits ?

La politisation à outrance ou la politique politicienne ne laisse plus de place à la réflexion objective au Gabon. Toutes les actualités se lisant sous le prisme de l’adulation ou de la détestation à tort ou à raison du Président de la République. Rares sont les acteurs de médias, et analystes, qui voudraient encore proposer des éléments factuels nécessaires au libre arbitre. Examinons:

HISTOIRE, COTE-PART ET DTS

Le Gabon devient membre du Fond Monétaire International  le 10 Septembre 1963. Son quota total est 154, 30 millions de DTS ( Droits de Tirage Spécial).  Ce matin, le taux de change entre DTS et dollar US est de: 1 DTS = 1.3795 USD (voir sur Boursorama.com )

Les quotes-parts représentent une composante essentielle des ressources financières du FMI. Chaque pays membre se voit attribuer une quote-part en fonction de sa position relative dans l’économie mondiale. La quote-part d’un pays membre détermine le montant maximum de ressources financières qu’il s’engage à fournir au FMI et le nombre de voix qui lui est attribué, et détermine le montant de l’aide financière qu’il peut obtenir du FMI. (source)

ACCÈS AU FINANCEMENT

La quote-part définit aussi le montant de l’aide financière qu’un pays membre peut obtenir du FMI (limite d’accès). Par exemple, dans le cadre des accords de confirmation et des accords élargis, chaque pays membre peut emprunter jusqu’à 200 % de sa quote-part annuellement et 600 % au total. Cependant, les limites d’accès peuvent être plus élevées dans des circonstances exceptionnelles.

Le 19 juin 2017, le Fonds monétaire international (FMI) a approuvé un accord triennal élargi au titre du mécanisme élargi de crédit (MEDC) en faveur du Gabon pour un montant de 464,4 millions de DTS (soit environ 642 millions de dollars et 215 % de la quote-part du pays) à l’appui du programme de relance à moyen terme défini par les autorités, selon le communiqué rendu public par le FMI.

Il faut rappeler que l’Institution ne s’est pas auto-saisi pour passer le Gabon “sous des fourches caudines” (comme le titrait Gabonreview ce 20 Juin 2017).

L’expression “passer sous des fourches caudines” renvoie à l’idée d’une humiliation subie par celle ou celui à qui l’adage est adressé. Une cuisante humiliation. Historiquement et étymologiquement :

Cette expression fait allusion à l’armée romaine qui, en 321 avant J.C, fut cernée dans un défilé appelé les Fourches Caudines ou Furcae Caudinae (par l’armée samnite dont le chef obligea les soldats romains à passer, courbés et les mains liées dans le dos, sous un joug formé de fourches et lances dressées par le vainqueur. (source)

Cette description correspond-t-elle à la relation qui unit le Gabon au FMI ? Avoir l’accord d’un prêt serait-il objectivement comparable à accepter des conditions humiliantes ou ruineuses ?

Que dire des pays comme la Côte d’ivoire (LE FIGARO ici) et la Tunisie (Communiqué du FMI) ayant bénéficié d’accords similaires  au titre du mécanisme de crédit élargi ? Ont-ils été humiliés aussi comme le Gabon selon le site Gabonreview ? Ces deux pays aussi… en faillite comme le conclut leur article sous l’inspiration d’une éminence grise de l’Union nationale ?

LE FMI RÉPOND A UNE DEMANDE INITIALE FORMULÉE PAR LE GABON (CEMAC)

Ce programme d’aide fait suite à l’appel des chefs d’Etat des six pays de la Communauté économique et monétaire des Etats d’Afrique centrale, Cémac (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad) qui, en décembre dernier à Yaoundé, avaient demandé l’aide du FMI entre autres. Le crédit sur trois ans accordé au Gabon “poursuit la stratégie adoptée par les chefs d’Etats de la Cémac au sommet de décembre 2016”, affirme le FMI. (information reprise par le site LE FIGARO ici).

AJUSTEMENT STRUCTUREL OU BUDGÉTAIRE ? 

Un programme d’ajustement structurel est un ensemble de mesures cherchant à assainir la situation économique d’un pays en difficulté. Ces politiques ont vu le jour à partir de la fin des années 1970, lorsque de nombreux pays d’Afrique subsaharienne ont commencé à faire appel aux instances internationales telles que le FMI ou la Banque mondiale, afin d’assurer leur solvabilité et leur développement. Ces organisations financières acceptent d’octroyer des prêts, en l’échange de conditions fortes, généralement d’inspiration libérale.

Les ajustements structurels ont trois objectifs généraux : rétablissement de l’équilibre budgétaire, rétablissement de la balance commerciale et rétablissement de la balance des paiements. Pour cela, les pays en difficulté doivent s’engager à suivre des réformes, appelés “conditionnalités”. Celles-ci peuvent s’articuler autour de divers axes :

  • Politique d’austérité, réduction des dépenses publiques et recherche de budgets équilibrés ;
  • Privatisation des entreprises d’Etat, levée des restrictions à l’importation et à l’exportation, libéralisation des prix et réduction des subventions publiques
  • Amélioration de la gouvernance et lutte contre la corruption ;
  • Ouverture des marchés domestique aux investisseurs étrangers ;
  • Développement des industries exportatrices, d’exportation ou détentrices d’avantages compétitifs ;
  • Dévaluations compétitives. (Source)

Or, le Fond Monétaire International a mis en place un mécanisme d’ajustement budgétaire comme instrument de stabilité et de croissance expliqué dans un document datant de 2006 sous la direction de James Daniel, Jeffrey Davis, Manal Fouad et Caroline Van Rijckeghem.

L’ajustement budgétaire comme instrument de stabilité et de croissance:

Les politiques de finances publiques peuvent ainsi contribuer à la gestion macroéconomique à court terme. Dans la plupart des cas, les ajustements budgétaires contribuent à atténuer la cyclicité (l’alternance des phases de récession et d’expansion), à réduire les déséquilibres marqués des soldes extérieurs courants et à contenir l’inflation. Lors des crises du compte de capital, ils permettent de restaurer la confiance, de soulager les contraintes financières et de soutenir la croissance.

Cette définition rappelle les termes utilisés par le communiqué du FMI de ce 19 juin 2017:

Le programme appuyé par le MEDC aidera le Gabon à assurer la stabilité macroéconomique et à jeter les bases d’une croissance durable et équitable. Il vise à atteindre la viabilité de la dette au niveau national et à contribuer à rétablir et préserver la stabilité extérieure pour la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).

Le Gabon a déjà traversé des périodes de contre-choc pétrolier. Notamment en 1985-1986. Avec une baisse significative des prix du baril de pétrole (-50%). Durant cette période, le prix passa de 11 700 à 4420 F Cfa. Soit une chute de 62%. Une situation quasi-similaire au choc de 2015 ( In “Le temps des choix, 2016 et au-delà” de Raymond Ndong Sima ).

Le Gabon était-il en faillite pour autant ? Les acteurs qui soutiennent cette théorie ont-ils quand même exercé et occupé des fonctions dans l’appareil de l’Etat gabonais suivant l’année 1986 ? Si oui, comment ont-il fait pour travailler dans un état censé être en faillite ?

Les problèmes sont réels. Personne ne le nie. Le niveau de la masse salariale du Gabon, l’ajustement de la taille de l’Etat à ses revenus au regard de certaines institutions dont les prérogatives se chevauchent ou demeurent sujettes à caution, tout comme la réforme visant une diversification pertinente de la structure économique sont autant de chantiers qui, sortis du pamphlet politicien, nécessitent des réflexions profondes.

Meboon

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