#DDR : Exploitation forestière illégale : Estelle Ondo s’appuierait-elle sur le HCANEG pour se dédouaner ?

Dix mois après son arrivée à la tête du Ministère en charge de la Forêt, Estelle Ondo pourrait être simplement évincée de ce département ministériel dans les prochain jours. La gestion de la crise qui a éclaté lors de la mission du Contrôle d’Aménagement Forestier (CAF) et qui met gravement en cause les principaux responsables administratifs du secteur forestier a considérablement déteint sur la capacité du ministre à gérer et à redresser un département ministériel qui n’en est pas à son premier scandale. Pour tenter d’échapper à la sanction suprême, Estelle Ondo change de stratégie de défense. Désormais, sa défense est assurée par la société civile proche du pouvoir.

A quelques jours du remaniement annoncé, le ministre UN en charge de la Forêt multiplie les stratégies de communication pour sauver sa tête. Le dernier fait en date remonte au 16 juin, lorsque, dans un point de presse, le coordonnateur du Haut Conseil des Acteurs Non-Etatiques (HCANEG) a « dénoncé un complot ourdi contre le ministre de l’économie forestière ».

Alors qu’il était resté silencieux jusqu’à lors, le HCANEG, auréolé de son statut de plateforme de la société civile pour la bonne gouvernance et la préservation de l’environnement, a sans doute commis l’erreur de tirer hâtivement des conclusions d’une situation qui révèle bien l’implication de l’administration des Eaux et Forêts dans la « mafia forestière » mise à nue par la mission du Contrôle d’Aménagement Forestier (CAF) dans l’Ogooué-Ivindo. Sans avoir été dans la province « meurtrie » par l’arrogance des exploitants forestiers, essentiellement chinois, le HCANEG s’est contenté d’un compte-rendu visiblement fait par le cabinet du ministre pour pondre son communiqué de presse.

Le HCANEG résume ainsi les faits : d’abord le CAF n’a pas impliqué les services techniques des Eaux et Forêts de l’Ogooué-Ivindo lors de la mission, il a mis aux arrêts des contrevenants sans en référer au ministre et il a rendu public, à travers les médias, des documents sans l’aval du ministre ; ensuite l’ONG Conservation Justice a instrumentalisé des hauts fonctionnaires du secteur bois ; enfin certains collaborateurs du Chef de l’Etat ont contribué à cette prétendue campagne de déstabilisation de l’administration des Eaux et Forêts.

Sans avoir nuancé, ni confronté les « allégations » de l’équipe d’Estelle Ondo avec les « vérités » du CAF, de l’ONG Conservation Justice et de l’Agence Nationale des Parcs Nationaux, le HCANEG conclut à un complot ourdi contre un ministre dont le sort est quasiment scellé depuis le déclenchement du scandale dans le secteur bois dans la province de l’Ogooué-Ivindo.

Pour peu que Yvon Martin Ntzantsi Miyagou et Cie aient pris la peine de comprendre la mission qui était réellement assignée au CAF et ses partenaires de l’ANPN et de Conservation Justice, ils se seraient sans doute retenus de pondre des inepties.

Il importe donc de rétablir les faits. D’abord le CAF a bel et bien reçu un ordre de mission daté du 13 avril 2017 et portant le numéro 0001092/MEFPEPGDE/CAB qui lui permet de « mener ses missions de police forestière dans les PFA, CPAET, CFAD, FC et ZHA ou susceptible d’abriter des produits forestiers ». La mission du CAF n’était donc pas seulement une mission de contrôle forestier. Elle était aussi une mission de police forestière qui suppose que le chef de mission, le colonel David Indgueza, agissait en agent assermenté, en OPJ et donc sous le contrôle du patron des OPJ de l’Ogooué-Ivindo, le Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Makokou. Il faut ensuite relever que l’équipe qui a procédé au contrôle et à la police forestière était composée d’agents des Eaux et Forêts (c’est-à-dire des OPJ), d’agents de l’ANPN (assermentés) et de juriste de l’ONG Conservation Justice dont l’expertise dans le bois et la faune est reconnue. Toutes les procédures qui consisté à sceller des moyens de production, à entendre sur PV des forestiers et à transférer au au PR de Makokou les documents relatifs à la mission ont été étudiées, évaluées et exécutées en minimisant les risques. Cela explique sans doute la colère d’Estelle Ondo qui ne pensait pas que le CAF avait réuni autant de compétences pour cette mission qui a eu le mérite de révéler les mécanismes, anciens ou nouveaux, de détournements et de destruction massive de la forêt dans un pays qui s’est mis au devant de la scène internationale pour défendre la nature.

Quant aux accusations du HCANEG contre l’ONG Conservation Justice et les « proches du chef de l’Etat », Yvon Martin Ntzantsi Miyagou et Cie seraient bien incapables d’être plus précis, d’apporter la preuve de leurs allégations et surtout d’en répondre.

Pour ce qui est d’Estelle Ondo, le scandale révélé sur la « mafia forestière » dans l’Ogooué-Ivindo n’a pas fini de la déstabiliser. Son sort semble même scellé si « des proches du chef de l’Etat » décident véritablement de s’en débarrasser. Les tentatives de dédouanement menées notamment à travers les médias et la plateforme HCANEG, dont la légitimité ne semble exister qu’aux yeux de ses fondateurs, ont plutôt le mérite d’attirer l’attention de l’opinion publique sur des faits graves de fraude massive dans un secteur présenté comme une alternative d’un secteur pétrolier essoufflé.

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