#InEdito: Tous les Nfang finiront Bilope ! (Partie I)

Je ne suis pas tribaliste, je suis “civilisationniste” !

J’entends cette voix qui me traite de tribaliste. Franchement, quel esprit réducteur ! Moi, me réduire au tribalisme  ? Qui t’a dit que je suis issu d’une tribu ? D’une ethnie ? Par abus de langage et par modestie, je m’identifiais au vocable de communauté ! Celle dont je me suis exclu depuis la révélation des “Bons Nfang de service” ! Cette espèce de Nfang qui s’auto-stigmatise. Se rabaisse de gré et se soumet aux logiques absurdes au Gabon ! C’est devenu la norme. Cette espèce se dit humble. Par opposition à quoi ? A qui ?

Je m’appelle Meboon. Toujours proche des Vieux ( Be Nyabore) parce que dépositaires de récits et d’une Histoire riche sur “qui j’ai toujours été”. Ce sont eux, Be Nyaboro, qui m’ont souvent dit que je suis issu d’une CIVILISATION. Alors, quand j’entends des épithètes sur mon tribalisme, j’en rigole. Je ne suis pas tribaliste. C’est trop faible comme qualificatif. Si discrimination il y a dans mon village et depuis mes ancêtres, elle n’a rien à voir avec mon voisin proche non Nfang ou bilope. Ni avec les peuples voisins et “noirs” ne parlant pas ma langue maternelle.

BILOPE ET NTANGANE

Je parle des bilope. Tu le prends comme tu veux mais je t’explique ce qu’il en est chez moi. Je désigne par ce terme mes voisins proches et noirs s’exprimant sans que je ne comprenne un traître mot. Bilope est une déformation du verbe “e lobane” ! Littéralement, cela revient à dire: parler en bafouillant.

C’est de bonne guerre!

Mépriser autant ce qu’on ne comprend pas. A la limite du préjugé car, j’en suis convaincu, ces autres langues sont tout aussi construites et sensées. L’esprit guerrier réel ou supposé et la trop grande opinion des gens de mon village sur leur civilisation, ont conduit à cet état de faits. Pourquoi t’en offusquer ? C’est l’esprit de compétition qui anime les gens de mon village. Ils n’allaient pas lancer des fleurs à d’autres ! Mais encore… Ce ne sont pas, que dis-je, ce n’était pas les Bilope leur horizon sur ce registre de la compétition…

Ntangane…

Voici les vrais adversaires des gens de mon village autrefois. Mais l’ “Efoula Meyong” du Gabon a tout dilué avec des concepts sophistiques et boiteux. Sans contenus. A parler d’unité nationale et de nation ( nous lirons plus loin l’histoire de la langue française et son rôle dans la construction d’une vraie Nation). Restons d’abord sur les Mintagane : les “blancs” ou les Hommes issus de la civilisation occidentale.

Alors que mes Vieux m’expliquaient encore que notre civilisation avait pour adversaires les autres civilisations, qu’elle a toujours eu une philosophie autour du Mvett. Exposant sur les origines du Monde et de la vie à partir de l’Atargha et son Oeuf de cuivre à quatre faces !

Ils me demandaient d’où viennent ces nouvelles tendances de nos générations englouties dans des débats indignes de notre grandeur ? En parlant de politique politicienne ? Des discours stigmatisant nos propres fils et appelant à leur mise au ban des enjeux politiques ? A parler de marches sans but ? De plaisanteries en continu ? Sans remise en cause au bout d’un siècle de tâtonnements et de redondances historiques sur le plan politique ?

Ils me posent à chaque fois cette question qui a traversé des générations dans mon village…

“E za a tare yene Elik fiang” ?

Où sont les descendants des Hommes de Sciences d’abord ? La science, c’est le pouvoir ! La politique n’en est que l’instrument de gestion de façade ! Où sont les descendants de ces forgerons ? Les gens d’Engong… Peuple du Fer et mes Métaux. Dur. Solide. Profond. Ne traitant et n’abordant les choses que sur le fond ?

Où sont les fabricants de fusils artisanaux Ekang appelés “Ekiap ou Echiap” ? Parce que les gens de mon village avaient pris conscience que les rixes et affrontements au “Zorbam” ( armes blanches, couteaux… ) devenaient inopérants face aux détonations des armes à feu du “Ntangane”? Qu’on demande aux gens de Mitzic dans le Woleu-Ntem. Qu’on questionne l’an 1947 conté par les Ekang eux-mêmes, loin des versions retranscrites pour diaboliser toutes les initiatives d’un Peuple qui a pourtant droit à l’autodétermination.

Où sont les fils de ces agriculteurs et commerçants ? Dont les efforts ont financé la scolarité et les études censées revenir moderniser et  rendre pérenne l’Héritage Ekang ? Où sont les fils de ces forgerons, Hommes de fer et des Métaux, dont les outils étaient fabriqués par les gens de mon village ? Qui a mis un frein à l’élan de nos sciences techniques, pratiques puis sociales  pour nous enfermer dans l’exercice du verbiage et des actes terroristes ridicules à l’Aba’a Minko ? Pense-t-il que les affrontements de Mimbeng – en septembre 1914 – dans le Woleu-Ntem fassent l’objet de rigolades et montages sur les réseaux sociaux ? Quelle déchéance !

Les Ekang ont abandonné leurs adversaires. Les vrais. Pour se mettre au Kounabélisme et servir de Bons Nfang de service.

Celui qu’on a appelé “Ntangane”, traduisant l’idée de ce qui est dû ou de celui qui doit aux gens de mon village…

Celui qui doit parce qu’ayant participer à ralentir l’élan de notre civilisation, en véhiculant notamment une image peu reluisante des gens de mon village ( anthropophages, barbares… ). Ce qui a plutôt réussi. Alors que ces “Mintangane” étaient nos adversaires prioritaires, cette campagne débutée avant les dites indépendances dans des livres rédigés par eux pour nous ( pour notre bien certainement ) a fini par distraire les gens de mon village. De les disperser. De ramener leur “combat” à une échelle locale, réduite et limitée. Depuis lors, les gens de mon village sont réduits au Nfang VS Bilope. Quelle bêtise !

S’IMPOSER A NOUVEAU

Le verbe est fort. Mais il sied. Ce ne sont pas les français qui nous le reprocheraient. Et cela passe par la langue. Que les gens de mon village se réapproprient rapidement leur langue. Qu’ils la sortent de leurs cuisines, chambres et toilettes. Ce n’est pas une question de choix mais d’existence. De vraie Résistance. Loin de celle fantasmée et sans fondements solides.

Le Nfang doit imposer sa langue au niveau national. Par la Science et ses Intellectuels. Il est peut-être temps de prendre du recul. De se remettre au travail. Par les études dans le domaine des sciences dures et de pointe. Par la revalorisation de langue en montrant ses avantages incontestables.

Une langue, ce n’est pas le ToliBangando ou les dialectes de rue qui viennent ajouter de la confusion à la confusion. Avec l’illusion de combler un manque de courage politique et un déracinement des jeunes générations devenu évident. L’échec de nos parents cantonnés à insulter la famille Bongo depuis un demi siècle !

Une langue est une identité forte ! La plus forte s’impose ! Elle véhicule une vision du monde. Des sciences. Une médecine. Une philosophie. Un imaginaire qui doit progressivement tutoyer le monde du réel.

Le vrai pouvoir se prend ailleurs. Encore faut-il accepter le principe de ses efforts et de sa patience. Que ses acteurs d’aujourd’hui ne soient peut-être pas les bénéficiaires de ses fruits futurs. Combien le comprennent ? Quel sens donner à ces sacrifices absurdes des gens de mon village morts dans un combat politique loin de leur civilisation ? Emprisonnés ou torturés pour des causes sans but et sans socle ?

En parlant de la France, la construction de la Nation unitaire n’a été possible que par le biais de la langue. Tous les habitants de l’actuel territoire français n’ont pas toujours parlé français. La langue a été IMPOSÉE !

À la veille de la Révolution française, on estime qu’un quart seulement de la population française parle français, le reste de la population parle des langues régionales.

Au nord ce sont principalement les parlers d’oïl, au sud les parlers d’oc, ainsi que le breton, le basque, le catalan, le francoprovençal, le flamand, l’alsacien, le francique lorrain entre autres. L’unification du français débutée par Talleyrand et continuée par Jules Ferry a pour but de créer une seule langue française sur tout le territoire français. Si le français s’impose assez vite dans les régions où l’on parle des dialectes de langue d’oïl et du francoprovençal, des méthodes très coercitives sont employées afin d’éliminer le breton, l’occitan, le catalan, le basque, le corse, etc. (notamment des humiliations physiques sur les jeunes élèves, voir Vergonha (lingüicidi)).

Dans son rapport de juin 1794 l’abbé Grégoire révéla qu’on ne parlait «exclusivement» le français uniquement dans « environ quinze départements » (sur 83). Il lui paraissait paradoxal, et pour le moins insupportable, de constater que moins de trois millions de Français sur 28 parlaient la langue nationale, alors que celle-ci était utilisée et unifiée « même dans le Canada et sur les bords du Mississippi. »

Le français est alors la langue de la diplomatie mais également un puissant vecteur dans les domaines de l’art, des sciences et des techniques. On lit Rabelais dans le texte en français de Moscou à Lisbonne.

Source

Dont acte.

POUR NE PAS CONCLURE

Les gens de mon village n’ont plus d’identité ? Mes vieux me faisaient observer que tous nos enfants ne sont Ekang que de noms. Peu s’expriment en langue maternelle. Et la tendance va s’accentuer.

Tu les entendras se justifier par des tournures ridicules pour ne pas assumer ces constats et leur Histoire de Peuple de meneurs d’Hommes devenus des Bons Nfang de service. Autrefois  éclaireurs, aujourd’hui à ne se complaire que dans l’imbécillité heureuse et ambiante. A vanter leurs mariages mixtes et autres niaiseries pour s’intégrer et se faire accepter. Une manière habile de détourner l’axe de lecture qui précède par hypocrisie et lâcheté, et finalement ne pas assumer l’Héritage laissé par… Les gens de mon village.

A suivre…

Meboon.

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