#Avouslaparole : Paulin Obame Nguema. Professeur de Philosophie et Censeur Vie-scolaire au Lycée Monseigneur Bessieux.

Interview :

Bonjour Monsieur, nous allons d’abord vous laisser vous présenter…

Bonjour Monsieur, je suis Paulin Obame Nguema. Professeur de Philosophie de formation et de carrière. Et, présentement, Censeur vie-scolaire au Lycée Monseigneur Bessieux.

Nous sommes le site en ligne “241 Droits de réponse”. Nous effectuons la démarche vers le corps enseignant pour recueillir vos avis quant à l’année scolaire en cours et, vu la récurrence des grèves dans le milieu éducatif, avoir votre avis objectif sur le niveau des élèves aujourd’hui face aux examens prochains ?

Vous-même vous l’avez dit. Vous avez parlé de grèves successives ou récurrentes. C’est un fléau regrettable pour le système éducatif gabonais. Parce que la conséquence évidente est la baisse de niveau.

Lorsque nous parlons de baisse de niveau, c’est d’un point de vue global. Parce qu’il  y a quand même quelques marginaux qui vont aux examens internationaux et qui tirent leur épingle du jeu de façon très positive. Donc, il faut s’en féliciter également. Mais c’est regrettable que notre pays ne puisse pas sortir de l’engluement dans lequel il s’est mis. Parce que le système éducatif gabonais est en crise. Elle touche les différents maillons de cette chaîne qui part de la maison qui donne l’éducation de base – parce que parler d’éducation consiste à transmettre un certain nombre de savoirs et de comportements –  jusqu’à la rue, en passant par la vie professionnelle.

Ce qui serait dommageable – et je peux citer un secteur de pointe comme la chirurgie dans la médecine- étant de ne pas être en mesure de former de bon chirurgiens. Raison pour laquelle il urge de revenir sur les fondamentaux ; constater ce qui ne va pas dans les différents maillons et régler ces problèmes.

Je viens de corriger deux examens blancs dans deux établissements différents. Les élèves n’écrivent plus français ! Pourtant, la langue française nous sert de véhicule d’expression et de communication. Je ne serai pas là pour accuser les collègues. Mais j’insiste sur la nécessité de revenir aux fondamentaux.

Qu’entendez-vous par revenir aux fondamentaux ?

C’est dire aux élèves qu’au-delà des examens que sont le CEPE, le Baccalauréat et autres, il y a la vie pratique qui s’exprime en termes de concurrences où seuls les meilleurs justement réussissent.

Quelles sont donc les causes de cette baisse tendancielle de niveau, notamment en langue française, lorsque nombre de ces élèves se détachent pourtant de leurs langues locales et maternelles pour n’avoir finalement que cette langue officielle comme médium. Ne devrait-on pas, au contraire, observer de meilleures aptitudes de leur part ?

C’est d’abord dû au parler de la rue…

Au Tolibangando ?

Le Tolibango ! J’en parlais récemment avec mes élèves. Justement, c’est un facteur défavorisant pour le système éducatif gabonais. A ce Tolibangando s’ajoutent les NTIC – Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication ! Lorsque nos jeunes s’expriment, ils utilisent des codes qui ne sont plus français. Par exemple, quand je lis l’abréviation « NTK » pour dire « en tout cas » dans une copie, je me pose des questions sur mon élève. A ces deux facteurs se greffent l’ignorance entretenue et le manque de volonté.

Par exemple, mes élèves qui s’absentent à un cours doivent se rattraper en prenant l’information auprès de ceux présents. Se mettre à jour. Mais ils ne prennent que rarement cette peine. Encore moins celle de vérifier l’orthographe des mots.

Monsieur Obame Nguema est-il lui-même sur les réseaux sociaux ? Détenteur d’un compte Facebook, twitter…

Oui, je suis sur les réseaux sociaux [rires]…

Quel devrait être le rôle des médias traditionnels et leurs prolongements sur les réseaux sociaux face aux constats précédents ?

Par le passé, j’ai été correspondant extérieur d’un média international. Je constate pour le regretter que certains journalistes confondent vitesse et précipitation. Ce sont pourtant deux choses à ne pas confondre. On peut commettre une erreur de vitesse  en écrivant. Moi qui suis sur les réseaux sociaux, il m’arrive de me relire et de corriger mon texte quand  d’autres sont dans la précipitation. Entre l’envie de transmettre une information et agir dans un espace concurrentiel. Même dans cette dernière hypothèse, notons tout de même que l’on est plus attaché à un média qui donne une information avec un niveau de langue correct.

Le journaliste, sur un compte personnel Facebook par exemple et loin des contraintes professionnelles, ne peut-il pas jouir de sa liberté en se permettant une certaine légèreté sur ses publications ?

On ne peut pas distinguer journalisme et liberté. Mais, de quelle liberté s’agit-il ? Imaginez monsieur Paulin Obame Nguema que je suis, diplômé des grandes Ecoles et Universités… Je serai lu par des collègues ou des condisciples. Quel statut aurais-je finalement si, au nom de certaines libertés, je me mets à écrire des textes ou à publier des textes truffés de fautes ?

Quelle est finalement votre appréciation du Tolibangando ? Rappelons que des œuvres et publications tendant à faire l’apologie de ce langage existent… comme pour combler le vide, le désintéressement ou le déracinement des élèves – et même de la communauté nationale – par rapport aux langues locales ?

Si vous me posez la question du pour ou contre le Tolibangando… Je suis contre ! Je suis contre parce qu’il faut plutôt faire la promotion de nos langues.

Si nous considérons certaines barrières linguistiques, je serais favorable à la création d’une espèce de créole qui fasse le lien entre nos langues maternelles et la langue officielle. Je dirais à ce moment que je suis peut-être favorable à la promotion du Tolibangando comme véhicule d’intercompréhension.  Mais le Tolibangando a justement ses travers qui font qu’aujourd’hui, il participe à la baisse de niveau que nous déplorons chez nos élèves.

Peut-être vous exprimer, pour finir, sur un volet que nous n’avons pas abordé…

Oui ! ce sur quoi je voudrais revenir avec insistance, c’est cet appel envers le gouvernement et les partenaires sociaux visant à toujours maintenir le dialogue comme source de solutions face aux problèmes qui se posent à l’Education Nationale. J’en veux pour preuves, le durcissement et le radicalisme qui ont caractérisé ces dernières périodes dans la grève. Il faut que les gens se parlent et se mettent à travailler.

C’est-à-dire que gouvernement et syndicats devraient établir une planification dans l’ordre des priorités. Qu’est-ce qui est prioritaire ? Personnellement, ce n’est pas le paiement des vacations qui paraissait prioritaire mais l’investissement au profit de l’amélioration du cadre et des conditions de travail. Certes, cela coûte cher et nécessite d’énormes moyens mais je n’ai jamais vu une maison qui se construit en un jour.

Nous qui sommes philosophes, et nombreux à prendre des décisions dans le milieu éducatif, connaissons la méthode cartésienne. Chez Descartes, lorsque le problème est global, on l’émiette ; on l’éclate en petits problèmes faciles à résoudre. C’est cet appel que je lance au gouvernement et aux partenaires sociaux qui sont des forces de propositions. Ce ne sont pas des opposants. Si nous adoptons ce nouveau paradigme, les choses pourront connaître des lendemains meilleurs.

L’équipe vous remercie pour cette contribution…

Je vous remercie pour cette opportunité que vous me donnez de m’exprimer sur ce sujet autrement important. 

Propos recueillis par La Rédaction @241DRR

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