#Avouslaparole: Enseignants sans niveau et élèves piétinant leurs parents. L’autre cocktail de l’échec?

Dans la série d’entretiens que l’équipe @241DDR a initiée avec des enseignants officiant dans la capitale gabonaise, en collaboration avec l’Association EDUC’ACTIONS !, certains encadreurs du milieu éducatif ne cachent plus leur amertume voire leur désolation. C’est en tout cas ce qui ressort de l’échange avec madame C.R. qui a voulu garder l’anonymat. Nous retranscrivons la séquence :

Quel constat faites-vous sur le niveau des élèves aujourd’hui dans votre établissement ?

Le constat est amer. Il va sans dire que cette année a été particulière vu les arrêts de cours. C’est vrai que depuis les années 90, les années scolaires sont hachées. Et les grèves à répétition ne sont pas pour encourager les encadreurs que nous sommes. Encore moins, les apprenants. Parce que, si l’encadreur n’affiche pas la détermination et la volonté habituelle, je ne vois pas d’où viendra la motivation de l’élève à suivre les enseignements.

Quel est selon vous le rôle des réseaux sociaux dans ce constat ?

Les réseaux sociaux sont venus participer de la baisse qui était déjà réelle. La trop grande liberté sur les réseaux sociaux conduisant à faire tout et n’importe quoi est une fuite en avant. Une façon de voiler ses lacunes. Demandez aux élèves d’aujourd’hui s’ils connaissent même la différence entre les registres de langue. Tout est confondu ! Nous savons traditionnellement qu’il y a les registres soutenu, courant et familier. Quand vous entendez certains diplômés vous dire :

  • Je voulais lui voir !

Et vous retorquer en cas de correction :

  • Non, Madame, j’étais pressé ! C’est le style familier !

Voici comment nombreux se cachent derrière l’utilisation du langage « SMS » pour justifier leurs lacunes accumulées. Ils sont comptés au bout des doigts, ceux qui sont regardants de cette façon d’écrire.

Pourtant, ces élèves sont moins exposés aux langues locales dans leur pratique. Contrairement à leurs aînés. Pourquoi une baisse des performances de la langue française qui semble être le seul médium pour la plupart ?

Je vais peut-être être crue. Cela s’explique du fait que les parents eux-mêmes ne maîtrisent plus rien aujourd’hui. Si le parent qui est supposé encadrer son enfant ne maîtrise pas sa langue, ne maîtrise pas non plus le français, que voulez-vous que l’enfant fasse ? C’est cela la réalité ! Par expérience et comme enseignante, ce que je vis m’écœure. Parlant du français particulièrement, certains enseignants ne maîtrisent rien ! Notamment la grammaire. Mais ils sont détenteurs de CAPES – Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement Secondaire. C’est d’ailleurs une excuse:

  • Moi, je suis au second cycle. La grammaire, c’est pour le premier cycle !

Pourtant, la logique exige qu’on mette la grammaire de côté au second cycle parce qu’on estime que l’élève a déjà un bagage conséquent et nécessaire. Or, le constat est autrement amer.

Et la cellule familiale dans tout ça,  quelle responsabilité ?

Il faut écouter certains parents parler. Lorsque vous portez des corrections, vous trouverez des élèves qui retorquent en disant :

  • Mais, maman et papa disent ça !

Face à cette situation, que fait l’encadreur ?

Il reste cependant que des générations précédentes semblent avoir été éduquées et encadrées par des parents « analphabètes ou illettrés »… Et, nombre de leurs enfants ont des parcours et niveaux acceptables voire au-dessus de la moyenne…

Les passe-droits ont tué l’école. A notre époque, nos parents n’ont pas toujours été à cette école mais il y avait quelque chose de basique. Une éducation de base sur laquelle s’appuyait le sérieux de nos encadreurs. Lesquels étaient généralement des non gabonais. Parfois, sans diplômes, ils avaient plutôt assez de rigueur et d’amour pour notre jeunesse.

Nous qui sommes passés par les missionnaires au service du Christ. Quand on travaille avec le cœur, cela ne peut engendrer que quelque chose de formidable. Ce qui nouait une confiance mutuelle avec nos parents à juste titre. Ce n’était pas le rafistolage ou les arrangements que nous vivons aujourd’hui !

L’internat n’était pas un camp de redressement. C’est-à-dire, quand l’enfant partait de chez lui, il avait déjà une éducation de base. Les parents trouvaient dans les encadreurs d’internats de la complémentarité face à leurs propres limites. Qu’est-ce qu’on entend de nos jours ?

  • Ah, vraiment ! Cet enfant me dépasse. Je vais appeler la sœur à Sainte Marie (et ces propos sont tenus devant l’enfant !). Ah Ma Sœur, vous n’avez pas une place là-bas ? Cet enfant me dépasse ici.

Ce n’était pas cela la logique des internats. Et vous voulez que cet enfant qui ne vous respecte pas, vous qui êtes son parent, aille respecter qui à l’internat ? En plus, lorsqu’on vous appelle pour vous signaler le mauvais comportement de l’enfant, vous ne le punissez pas ! Vous le mutez. Vous changez son établissement !

Comme pour dire qu’à votre époque, ce sont les enfants qui avaient pour devoir de rendre leurs parents fiers, et pas le contraire ?

Exactement ! Votre Père qui ne savait ni lire, ni écrire vous mettait en garde quant au fait qu’il ne veuille pas se faire convoquer par votre établissement. Cette parole ne quittait pas votre conscience tout au long de l’année. Le jour où vous échouez, votre crainte face aux parents est si grande vu la déception prochaine. Aujourd’hui, l’exclu qu’est l’élève se pavane tranquillement mains en poches parce qu’il sait qu’on ira le réinscrire ailleurs !

Doit-on revenir à l’ancien temps avec le tuyau rouge posé sur le bureau ?

Cela va causer des problèmes parce que le monde évolue et tous les parents ne pensent pas de la même façon. Certains sont contre, et d’autres pour. Pour semer encore cette confusion, il a été instauré une batterie de droits pour enfants. Je pense qu’il fallait aussi penser aux devoirs de l’enfant. Ces enfants qui semblent n’avoir que des droits. Je n’en suis pas contre : il faut un juste milieu. Canaliser les choses puisque nous ne pouvons plus revenir à l’époque de Mathusalem. Trouver des moyens pour que nombre de parents retrouvent le respect auprès de leurs enfants.

Les parents actuels ne sont plus de notre génération. Nous, encadreurs du monde éducatif, les invitons à voir en leurs enfants ce qu’ils doivent voir. Pas ce qu’ils veulent voir. Autrement, à trop ménager l’enfant, on adopte des comportements contre-productifs sur le long terme. Ne dit-on pas : qui aime bien châtie bien ?

En ce qui concerne les grèves dans le secteur éducatif…

Les décisions sont politiques. Aucun responsable d’établissement ne peut tout seul et dans son coin décider de mettre fin à ce cycle infernal de grèves. Il faut de la volonté politique de la part des autorités.

Un mot pour conclure ?

Je constate qu’il y a un laisser-aller. Crevons les abcès et appelons les problèmes par leurs noms. Si votre enfant se déroute, faites un rappel à l’ordre. L’avenir vous sera reconnaissant face à ses bouderies de l’heure. Nous ne sommes pas contre l’évolution du monde mais que chaque chose demeure à sa place. Le faux existe. Mais il est inacceptable de faire disparaître le vrai pour céder toute la place au faux ! Que chacun respecte son espace! C’est ce que je peux dire pour conclure.

L’équipe vous remercie.

Propos recueillis par la Rédaction @241DDR

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